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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 00:06



      Manifestation Plan-Plan, détournement et blocage de gare

Après le fiasco de jeudi 15, nous craignions la démobilisation et la fin du mouvement.
A 14h30, une masse colorée de drapeaux des syndicats et assoces bureaucrates (FCPE, GCT...) encombre la place Bellecour. Les lycéen-e-s, plus nombreux-ses que ce que nous avions craint mais moins que ce qu'on avait espéré, se rassemblent autour de la statue. Déjà, le mot est transmis que la manifestation va être détournée à Perrache. Après de longues minutes d'attente, le cortège est sur le point de s'ébranler ; des lycéen-e-s munis d'une longue banderole frappée des mots "Coup d'Etat de la Jeunesse" intiment à leurs camarades de les rejoindre, avant de s'incruster à l'intérieur de la manifestation des profs-parents d'élèves. Capuches et foulards fleurissent déjà dans la foule des lycéen-e-s, qui scandent des slogans toujours aussi radicaux et entonnent un chant révolutionnaire détourné, "La Semaine Sanglante" version moderne.
La manifestation s'engouffre dans la rue Edouard Herriot, en direction de Terreaux. La FIDL (une fille) et l'UNL (trois-quatre mecs) semblent très bien s'entendre et font enfin acte de présence. On ne les avait pas vus depuis la manif du 18 décembre, et ce retour (en force !) n'est pas pour nous réjouir... Les syndicats collabos tentent de tempérer les slogans plus extrêmistes à coup de "Darcos, si tu savais...", mais leur influence est très négligeable.
Le cortège arrive à Terreaux et traverse le Rhône sans incident notable, avant de continuer sur les quais vers le sud. L'arrivée est prévue devant la Préfecture. Mais c'est sans compter la rage des lycéen-e-s, qui, depuis le début de l'année scolaire, ne se contentent plus des manifs plan-plan (c'est bien, mais ça sert à rien) : lorsque le gros de la manif tourne pour s'enfoncer dans le quartier de la Guillotière, les lycéen-e-s tentent de détourner le cortège en continuant sur les quais. Illes sont suivi-e-s par une cinquantaine de militant-e-s ; le "détournement" reste immobilisé une dizaine de minutes, à notre grand agacement, car ce temps perdu nous vaut d'être grillé-e-s par les flics. Mais l'attente est payante : la batucada, convaincue, nous rejoint, ainsi qu'un bon nombre de lycéen-e-s hésitant-e-s et de militant-e-s d'autres orgas que je ne citerai pas.
La manifestation "sauvage" continue ainsi au rythme de la batuc' le long des quais, avant de bifurquer au pont Gallieni pour rallier Perrache, le but de la manif. De temps en temps, les manifestant-e-s courent pour semer les bacqueux signalés. Enfin, après maintes pérégrinations, le cortège lycéen pénètre dans la gare et déferle sur les rails. A noter qu'un certain nombre se sont arrêté-e-s avant les rails, par peur de la répression.
Nous sommes resté-e-s immobilé-e-s un moment sur les rails, histoire de reprendre notre souffle et de décider des prochaines étapes. Un lycéen propose de bloquer le périph', mais l'idée ne séduit pas grand-monde. Les CRS commencent peu à peu à arriver et nous décidons, dans un premier temps, de marcher (sur les rails) en direction de Part-Dieu. Mais les compagnies républicaines de sécurité se multiplient et courent sur les quais ; les manifestant-e-s les moins essouflé-e-s s'élancent pour les semer.
La plupart des lycéen-e-s courent à présent sur les quais, car les aspérités du chemin ferré ne sont pas spécialement pratiques quand on veut distancer les gardiens de la paix. Soudain, le mouvement croit repérer une issue et traverse plusieurs rails jusqu'à arriver... Dans une impasse. Clap, clap, clap.
Nous nous groupons en un bloc très serré, acculé dans l'angle entre un bâtiment que j'sais pas à quoi y servait et des barrières. A ce moment, il était 16h45 et nous étions environ une cinquantaine, très vite encerclée par les forces de l'ordre. Pas mal de lycéen-e-s avaient décroché en route, par manque de souffle ou de solidarité. Un jeune homme, J., est arrêté pour "jet de projectile" alors qu'il tentait d'empêcher une interpellation... notons qu'il a réussi. Au passage, le "projectile" est demeuré introuvable, apparemment il s'agissait d'un bout de citron. Nul doute que c'était un objet capable de tuer un CRS sur le coup... Dommage que la manoeuvre ait échoué.
L'interpellé est emmené à l'écart, surveillé par un bacqueux puis emmené dans un fourgon aux cris de "Libérez notre camarade !". Les quinze prochaines minutes s'écoulent dans l'incertitude et la solidarité : les lycéen-e-s forment une chaîne humaine pour éviter d'autres arrestations. A un moment, un militant fait un malaise et il faudra plusieurs minutes pour que l'information atteigne les supposés cerveaux des flics, qui consentent enfin à l'entraîner à l'écart pour qu'il puisse respirer. Inutile de s'attarder sur cet incident.
Aux alentours de 17h, de nombreux CRS rejoignent la dizaine qui nous encadraient : il est désormais inutile de tenter une sortie. Les flics se mettent à contrôler individuellement chaque militant-e en l'éloignant de ses camarades. Ils prennent en photo chaque pièce d'identité et nous filment UN PAR UN à visage découvert ! Les déjà-contrôlé-e-s n'ont pas le droit de partir et s'asseyent plus loin, toujours encadré-e-s par les gardiens de la paix.
Dans le bloc, la résistance s'organise. On se resserre, on essaie de se rebeller passivement. Lorsque les CRS tombent sur un-e militant-e qui refuse de quitter le groupe, ils n'hésitent pas à user de la force (mais pas de matraque, ni lacrymo ni flash-ball pour une fois) et plaquent les méchant-e-s ultra-gauchistes contre le mur avant de prendre leur identité. A un moment, un CRS annonce à la cantonade qu'on ferait mieux de tous sortir nos pièces d'identité, histoire que ça aille plus vite. Il précise également que seuls les gars sont contrôlés pour l'instant, faute de fliquette pour fouiller les filles. Ils chopent tous les militants un à un, même ceux qui tentaient desespérément de passer pour des éléments féminins, et bientôt il ne reste plus que des militantes.
Lesquelles ne tardent pas à gueuler des chants révolutionnaires : El pueblo unido, Bella Ciao, et surtout ce slogan grec qui a rendu les flics fous, je sais pas comment ça s'écrit, vous voyez duquel je veux parler. A un moment, nous avons même tenté de passer en force : En bloc et en chaîne, on a foncé dans les CRS qui nous ont réprimées à coup de casque et de bouclier (et de coup de para dans le tibia). ça nous a quand même donné du coeur au ventre. Dans le même temps, les militants déjà contrôlés tentaient de s'approcher pour patriciper à l'ébauche de rébellion, mais bien évidemment les gardiens de la paix ne les ont pas laissés faire et ont violemment tempéré leurs ardeurs.
Les filles sont emmenées les unes après les autres, les tentatives de résistance se soldent par quelques coups (mais rien de bien grave à ma connaissance). Quelqu'un s'empare de la banderole "Coup d'Etat de la Jeunesse", abandonnée dans un coin, et la balargue dans la rue en contrebas pour éviter qu'elle ne soit récupérée par les schtroumpfs. Apparemment, personne ne refuse le relevé d'identité.
Enfin, les CRS terminent de contrôler tout le monde. Deux filles refusent d'être filmées et sont fouillées par une fliquette avant d'être enfermées dans un fourgon de CRS, en cellule individuelle, s'il vous plaît. A l'extérieur, les militants gueulent "Libérez nos camarades" et encore ce magnifique slogan grec. Un quart d'heure environ s'écoule, puis le RG qui filmait monte dans le fourgon et propose une dernière fois aux militantes de se laisser prendre par la caméra à visage découvert ; en échange, ils les laisseront partir.
Elles sont donc bientôt libres et le bilan est d'une arrestation, J., ainsi qu'un lycéen qui n'a pas été captif bien longtemps, étant donné que dès l'arrivée de sa mère, les CRS l'ont libéré.
Les flics font une haie d'honneur pour nous escorter jusqu'à la sortie de la gare Perrache, où nous scandons "Liberté ! Liberté !" Après environ deux heures bloqué-e-s avec les flics...
Peu d'arrestations, pas mal de motivation, et pour une fois les lycéen-e-s ne se sont pas pâmé-e-s en apercevant l'uniforme bleu... C'est déjà ça. Points négatifs, on est tous officiellement fiché-e-s comme sales terroristes ultra-gauchistes, la mobilisation était plutôt faible et nous espérons voir plus de monde à la prochaine manif... Qui, je le rappelle, est mardi à 11h à Bellecour.

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commentaires

bast 19/01/2009 12:54

"(et de coup de para dans le tibia)"
Ils portent des Rangers, pas des para.

A part ce détails l'article est bien réalisé et n'est pas "abusé".

Jul 19/01/2009 12:48

comme d'hab un compte-rendu en photo est sur rebellyon.info : http://rebellyon.info/article5907.html