Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:00
Qui vivra par la matraque périra par la kalach' !



Lundi 9 mars, un rassemblement est prévu à 14h Porte des Enfants du Rhône, afin de protester contre le forum Biovision au Palais des Congrès et la venue de Valérie Pécresse, ministre des Universités. Environ deux cents étudiant-e-s et autres répondent à l'appel et se dirigent, par groupes, au Palais des Congrès. La batucada est de la partie et contribue à instaurer une ambiance de marche de guerre. Slogans et pétards sont de la partie.
Quelques fumigènes sont utilisés, une caméra brisée, c'est de bon augure pour la suite : on commençait à désespérer que le mouvement des étudiants passe un jour à la vitesse supérieure. La manif longe les quais pour tenter d'accéder aux bâtiments où se tient Biovision, et se heurte très vite à un cordon de CRS. Absolument pas préparés, certainement habitués aux manifs plan-plan, les flics s'équipent en catastrophe et se tiennent sur le pied de guerre lorsque le cortège, utilisant un chariot comme bélier, fonce sur les forces de l'ordre dans l'intention de se frayer un passage. On est repoussé-e-s à coups de flash-ball et de gel lacrymo. Les yeux en larmes, on explose de rire en s'apercevant que les flics, par une fausse manoeuvre, se sont auto-lacrymogéné la gueule : plusieurs d'entre eux se tiennent le visage et pleurent autant que nous sous la corrosion du gaz. On savait qu'ils étaient cons mais pas à ce point.
Après avoir hésité, la manif se cale sur la route afin de bloquer le trafic. Les flics arrêtent les voitures. Des bacqueux rejoignent les CRS et se postent face à nous, munis de casques, de tasers, de flash-ball et de tonfas. De 5, leur nombre passe à 30 en un temps records.
Après une dizaine de minutes, les flics marchent vers nous et nous traversons la cité internationale pour longer le parc de la tête d'or. Pour ralentir les flics, on tente d'ériger des barricades de fortune à l'aide de grosses barrières de chantier, avant de les traîner avec nous, toujours suivi-e-s des mecs de la BAC. Un mouvement de foule nous entraîne dans le Parc et nous semons les barrières derrière nous. Elles sont rapidement virées par les bacqueux, qui luttent un instant pour ouvrir la porte de l'entrée du parc, qu'un manifestant tente de fermer. Ils restent postés aux abords du parc durant plus de vingt minutes, nous bloquant l'entrée. La moitié des manifestant-e-s décide de sortir par une autre entrée. Enfin, les bacqueux se cassent. L'occasion est trop belle : on s'empresse de regagner la cité internationale, et on stoppe devant la salle de débats, ou le forum Biovision est censé se tenir. En proie au doute, nous restons immobiles trop longtemps : un photographe nous avertit que les bacqueux contournent la cité internationale pour nous prendre à revers, et ses dires sont bientôt confirmés. Nous refluons vers le parc, dans le désordre, et nous retrouvons encerclé-e-s entre bacqueux, CRS et grilles. Les flics exigent que nous pénétrions dans le parc, mais nous insistons pour partir sur la route : au sein du parc de la tête d'or, il serait trop facile de poster des lardus à chaque entrée afin d'arrêter tou-te-s les manifestant-e-s désireux/ses de se casser. Les flics ne l'entendent pas de cette oreille et sans prévenir, les coups de matraque fusent au hasard pour nous repousser à l'intérieur du parc. Les caillasses leur répondent, mais nous sommes vite débordé-e-s et un mouvement de panique s'empare du cortège, qui s'enfuit dans le parc poursuivi par les flics. Aux pieds des escaliers, près de l'entrée, bacqueux et CRS tentent de choper le plus de militant-e-s possibles et n'hésitent pas à distribuer les coups de tonfa avec un zèle propre aux salauds, qui fera plusieurs blessé-e-s. Un manifestant reçoit tant de coups qu'il est pris de convulsions, incapable de marcher. Ses ami-e-s le soutiennent et l'emmènent loin des flics.
Le rassemblement se reforme à une cinquantaine de mètres des affrontements, et demeure près d'une demi-heure dans le parc, le temps de soigner les blessé-e-s, de compter les arrestations et les ecchymoses. Beaucoup de militant-e-s souffrent de contusions, les flics n'y sont pas allés de main-morte. On appelle les pompiers qui embarquent le plus touché, et on décompte trois arrestations. Les manifestant-e-s sont révolté-e-s par la violence de la police, particulièrement énervée aujourd'hui.
Au bout de trente à quarante minutes, des échos nous parviennent comme quoi de nouvelles arrestations ont eu lieu à l'extrémité du parc. Les manifestant-e-s restant-e-s, environ une soixantaine, s'y rendent de toute urgence pour constater que les flics sont quasiment absents. On se réunit devant le parc et on décide d'organiser un rassemblement devant le commissariat du 3e, où sont retenu-e-s nos camarades. Des voitures de flics tentent de se dissimuler derrière d'autres véhicules afin de nous observer, en oubliant que les gyrophares, ça dépasse et c'est voyant, mais enfin les lardus ne sont pas connus pour leur intelligence. Le retour dans les facs ou ailleurs se fait sans nouvelle arrestation.
A 19h, une cinquantaine de manifestant-e-s se retrouvent devant le commico et gueulent les slogans habituels, "Libérez nos camarades", mais très vite ça dégénère en chansons plus ou moins hippiesques que les gardé-e-s à vue ne sont pas près d'entendre, tant elles sont fredonnées bas. Heureusement, la batuc' débarque pour redonner un peu de vie au rassemblement. Après environ une demi-heure d'attente, une délégation de flics vient à notre rencontre.
Ils nous accusent de tapage nocturne et décrètent que nous dérangeons les résident-e-s. Justement, des habitant-e-s du quartier nous observent par leurs fenêtres et un étudiant leur demande, en criant, si nous les embêtons ; un habitant répond "non", à la grande exaspération des flics. Ceux-ci veulent négocier : nous obtiendrons des infos sur les gardé-e-s à vue si nous cessons de faire du bruit. Des étudiant-e-s acceptent et effectivement, après un certain temps, les lardus nous donnent les noms des avocats des victimes, et on apprend que ceux/celles-ci sont tou-te-s traîné-e-s en justice pour "rébellion".
Après l'obtention des renseignements, la batuc' respectueuse de l'accord avec les flics ne rejoue pas, pour notre plus grand désespoir, et le rassemblement se termine aux environs de 22h dans un silence total. Dommage. Néanmoins, cette journée restera dans nos mémoires pour la première manif sauvage du mouvement étudiant de cette année, et la violence encore plus violente que d'habitude dont ont fait preuve les gardiens de la paix. La frénésie de coups de matraque n'a fait qu'échauffer les esprits. Espérons que cela va donner une dynamique au mouvement étudiant, dont les manifs plan-plan sont de plus en plus chiantes...

Détail : le lendemain matin, dans les journaux gratuits distribués dans le métro, on parle de blessés parmi les CRS (choupinouuus...) et pas des hospitalisé-e-s parmi les manifestant-e-s. Selon 20 minutes, des jeunes "issus des mouvances d'extrême-gauche ont été arrêtés". Selon les autres, la Préfecture a déclaré qu'il n'y avait pas eu d'interpellation. Toutes ces injustices méritent vengeance.

Qui vivra par la matraque périra par la
kalach' !

Partager cet article

Repost 0
Published by CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - dans Compte rendu des manifs
commenter cet article

commentaires

LYON FANS 12/03/2009 15:46

à trop vouloir jouer les zoros...

couper vous les tifs!

anonyme 12/03/2009 14:18

Je répondrai à l'auteur du premier commentaire que les commerçants et les citadins souffrent de la politique pourri du capitalisme autant qu'il la font perdurer par le simple choix de vivre de cette façon! De plus et surtout une manif plan-plan c'est bien gentil mais ça ce serait si ça entrainait un quelconque changement de notre société vers un monde fait de solidarité, d'échanges de toutes sortes, que ce soit de biens, de savoirs, de tendresse quelle que soit sa portée ou je ne sais quoi que je n'aurais pas imaginé; un monde où la production industrielle, artisanale ou autres se feraient en fonction des besoins réels que l'ensemble de la population ressent pour vivre à la fois dignement et joyeusement...
Toutes révolutions nécessitent des sacrifices et notamment de faire couler le sang, que ce soit du côté des révolutionnaires ou des forces de l'ordre! pour exemple, si Gandhi est certes le père de la non-vioence, je ne suis pas sûre que sa révolution pacifiste se soit fait sans morts du côté hindou (autochtone)... et personellement je ne suis pas près à donner ma vie sans en faire payer le prix au prix fort! Que la violence, de tous types, ne soit pas ton mode d'expression politique je le comprends et le respecte tout à fait, mais à ton tour respecte ceux qui ont un idéal de vie à peu près à l'opposé du monde actuel et ont choisi la radicalité pour y parvenir, c'est à dire de se battre, au propre comme au figuré, pour accéder à cet idéal sans délais, sans s'en remettre au rêve que cela arrive un jour, mais en le vivant tant bien que mal dès aujourd'hui et ce quoi qu'il en coûte... ! Par ailleurs, dans l'esprit, ce mode d'expression signifie aussi de renvoyer aux gouvernements quel qu'ils soient les violences dont ils sont les commanditaires, que ce soit en France dans les quartiers, par les rafles de sans-papiers ou plus gentiment dans nos manifestations (et oui la violence venant de CRS que nos recevons en manif est pour moi bien faible en comparaison à ce que peuvent vivre d'autres "classes" de la population française quotidiennement et ce bien souvent pour ce qu'ils sont, leur identité sexuelle, leur couleur de peau, leur métier, leur nationalité, par ce qu'il ne correspondent pas à l'image modèle du citoyen français... ); et même la violence commise à travers le monde tel les relations mafieuses de la France-Afrique (à lire Fraçois-Xavier Verschaves), le génocide du rwanda ou plus récemment la guerre en Afghanistant contre le pseudo "terrorisme", que j'appellerai plutôt résistance au capitalisme occidental. Alors certes cette violence on ne la renvoie pas directement aux auteurs réels que sont les décideurs, mais après n'est-ce pas aussi que de la renvoyer aux CRS vu la violence qu'ils utilisent, et ce pas toujours complètement conformément à leurs ordres, à notre égard!!
Avis à la population manifestante, organisons nous pour plus d'efficacité révolutionnaire...

"Mega-gauchiste" 12/03/2009 14:16

tu serais pas à l'UNEF ana? quelques manifs, quelques slogans, une table de negoc, on ne gagne rien, on perd tout et on recommence l'année suivante. jte parle pas de d'attaquer tes citadins (où serait l'interêt) mais de tenter bloquer l'économie de ce pays, comme il n'y a que ça qui les fait flipper, PERDRE DU FRIC.
Et si les keufs envoient des camardes à l'hopital, je vois pas pourquoi on continuerait à être calme et à attendre les prochaines bavures policières.
Il est grand temps de se bouger le cul sérieusement.

Casseuse 12/03/2009 13:38

Notre but, au cas où tu ne l'aurais pas compris, est de faire plier le gouvernement. Or un gouvernement ne se plie pas face à des manifs plan-plan. Quant à tes commerçants et à tes citadins, je ne vois pas où, dans cette manifestation, ils ont "souffert des problèmes avec le gouvernement".

ana 12/03/2009 08:28

il vaut mieux une manif planplan comme tu dis, qu'une manif de casseurs. Les commerçants et les citadins n'ont pas à souffrir des problèmes avec le gouvernement.