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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 18:45

Beaucoup de syndics et orgas appelaient à manifester en cette journée fatidique du 19 mars. La coord avait donné rendez-vous aux lycéens à 10h devant le McDo de Grange Blanche dans l'intention de constituer un cortège lycéen, histoire de prouver qu'on était pas encore absorbés par les épreuves du bac au point d'en oublier la lutte. Mais le sort en a décidé autrement...

Plusieurs lycées devaient bloquer ce jour-là, notamment Herriot, Chabrières, Lacassagne et Branly. La plupart de ces établissements étaient de toute façon vides, grâce à la grève des profs, et la mobilisation n'a pas été suffisante dans ces lycées pour permettre un blocus total.

Malgré cet échec et la grève des TCL, les lycéen-ne-s affluent de plus en plus nombreux-ses à Grange Blanche, en même temps que les salarié-e-s. Aux alentours de 10h, les syndicats annoncent la disposition des associations dans le défilé, et somment les lycéen-ne-s de s'intégrer à la manif entre les cortèges CNT et FSU. Dès lors, c'est le chaos : un tier de lycéen-ne-s décident d'obéir à l'injonction, un tiers de prendre la tête de la manif et le troisième tiers de demeurer près du McDo, car tous les lycéen-ne-s ne sont pas encore arrivé-e-s. D'autant qu'une rumeur court sur un cortège étudiant censé nous rejoindre à McDo. Le groupe qui remonte la manif semble le plus nombreux. Munis de mégaphones, illes essaient de doubler les syndicats afin de vivre autre chose qu'une éternelle marche au ralenti à travers les mêmes rues. Mais on décide de s'arrêter sur le côté afin d'attendre les étudiant-e-s et de récupérer les lycéen-ne-s éparpillé-e-s.

Des étudiant-e-s nulle trace, des lycéen-ne-s non plus. Un deuxième clivage a lieu, entre ceux/celles qui partent à la recherche des étudiant-e-s et ceux/celles qui accélèrent pour rattraper la tête de manif. On progresse jusqu'à Montplaisir, et on s'installe à côté de la bouche de métro pour, une fois de plus, attendre les autres. La confusion est totale, la manif trop longue, les slogans trop plan-plan. Pourtant la motivation est à peine ébréchée, et même s'il n'y a guère de fumis et de pétards pour mettre l'ambiance, on flaire l'enthousiasme des lycéen-ne-s. Serait-ce le début du relancement du mouvement ?

Et non. Une troisième séparation a lieu. Exaspérée de rester sur place, une cinquantaine de lycéen-ne-s part vers l'avant. On entend les rumeurs de l'arrivée des étudiant-e-s, qui se seraient formé-e-s en block près du McDo, et quelques camarades courent pour rattraper les séparatistes et leur suggérer de ralentir afin de se joindre aux étudiant-e-s, sans succès. Le cortège lycéen est donc coupé en trois morceaux : ceux/celles qui sont parti-e-s à l'avant, ceux/celles qui sont arrivé-e-s en retard au McDo et qui stagnent à l'arrière de la manif, ceux/celles qui demeurent près du métro, attendant les un-e-s et les autres.

Peu après, on apprend que les étudiant-e-s plus radicaux/ales pour qui nous patientions auraient rejoint le cortège étudiant classique, c'est à dire les plan-plan. Cette nouvelle décourage tout le monde.

Longue attente chez les lycéen-ne-s resté-e-s à Montplaisir. A la vue du cortège étudiant, on s'y joint sans trop d'allégresse et se disperse encore entre Lyon I et Lyon II. A ce moment, les lycéen-ne-s sont pour la plupart séparé-e-s en groupes de cinq à dix personnes, excepté-e-s ceux/celles de l'avant. Dégoûté-e-s par cet échec du « cortège lycéen » initialement prévu et par la mollesse de la manif, certain-e-s préfèrent prendre le métro pour gagner Bellecour. Un rendez-vous circule : 14h ou 15h à Terreaux pour une manif plus festive.

Les lycéen-ne-s se retrouvent à Bellecour. Pendant ce temps, les étudiant-e-s se font emmerder par la BAC au sein même de la manif. Un contrôle a lieu, sans interpellation. Peu à peu, les groupes rallient la place des Terreaux. Cette fois, on attend réellement les étudiant-e-s. Aux alentours de 15h30, la manif unitaire s'est à peu près dispersée et à Terreaux, on part en manif sauvage à une centaine de personnes. Contrairement à ce qui fut dit, elle est composée de lycéen-ne-s ET d'étudiant-e-s.

On remonte la rue de la République jusqu'à Bellecour, où on espère rameuter du monde. On n'y croise que quelques camions-merguez-sono de la CGT, qui ne daignent pas nous rejoindre. Trois fourgons de CRS nous emboîtent le pas tandis que nous traversons le pont de la Guillotière, s'arrêtant parfois pour attendre la queue du cortège. On emprunte les petites rues dans l'espoir vain de semer les flics, de plus en plus nombreux, avant d'arriver à Lyon II. Quelques lycéen-ne-s s'engouffrent alors dans la fac pour motiver les étudiant-e-s, tandis que le reste de la manif bloque la circulation. Les fourgons ont été rejoints par des bagnoles banalisées et des motards. La tension monte, mais à l'exception de slogans à l'intention des flics, aucune provocation. On repart avec deux ou trois étudiant-e-s en plus, la plupart étant occupée à fumer allongée dans l'herbe de Lyon II, et on décide de débrayer également l'IEP. On traverse le centre de la résistance et de la déportation, dont la cour est pratiquement déserte, et on ressort de l'autre côté afin d'échapper aux lardus. Le cortège s'est réduit : quelques camarades ont abandonné, craignant que la sortie ne soit bloquée par les condés – ce qui n'est finalement pas le cas.

On s'arrête brièvement devant les bâtiments IEP de la rue Servant et on tambourine aux portes, mais des étudiant-e-s cloîtré-e-s à l'intérieur refusent de nous ouvrir. C'est alors que les évènements s'accélèrent. Plusieurs bagnoles banalisées foncent sur nous. C'est la débandade. Les BACeux et la police nationale sortent des voitures en trombe, armés de flahs-ball et de matraques, et se ruent sur nous. La panique cause quelques encombrement à l'entrée du musée de la résistance et la déportation, où nous nous réfugions. Un étudiant ferme les portes au nez des flics. A travers les grilles, nous pouvons voir un camarade arrêté par la BAC, apparemment pas trop violemment – comparé à d'habitude, en tout cas. Mais les flics ne se contentent pas d'une interpellation. Ils nous visent à travers les grilles tandis que nous gueulons des slogans. Des étudiant-e-s de l'IEP sortent alors pour voir la scène, se rassemblement en bloc et crient : « Libérez nos camarades ! Libérez nos camarades » ! ça s'affole dans la cour. Les flics ont déjà bloqué la deuxième issue. Nous sommes parqué-e-s sans possibilité de sortie. Un BACeux réagit à nos insultes en criant : « C'est ça, vous faites les malins protégés par vos barrières ». Le comble pour un homme qui ne doit sa « virilité » et son assurance qu'à son gilet pare-balle, sa cuirasse, son flash-ball, son taser, sa tonfa ! Nous le lui faisons remarquer, mais il ne semble pas capter le paradoxe.

C'est alors que la solidarité se met en place : des étudiant-e-s de l'IEP rejoignent les grilles et nous informent qu'ils vont créer une chaîne humaine afin de nous permettre de gagner les bâtiments de la fac rue Servant sans risquer d'être interpellé-e-s. Et effectivement, bientôt un cordon d'étudiant-e-s nous sépare des flics, qui semblent estomaqués. Il faut un certain temps pour que tous les manifestant-e-s gagnent l'IEP. Les lardus foncent soudain sur les portes dans l'intention d'arrêter les dernier-e-s retardataires, et ça se bouscule pour pénétrer dans la fac, où précisons-le, les condés n'ont pas le droit d'entrer à moins d'une autorisation de l'administration.

Dans le hall de l'IEP, c'est le désordre total. De nombreux-euses étudiant-e-s semblent réticent-e-s à notre présence en leurs murs, et beaucoup veulent nous envoyer dans les bras des flics, mais ceux qui nous ont protégé-e-s des condés les empêchent de nous virer. On reste quelque temps dans le hall, en espérant que les flics se cassent, mais c'est peine perdue : décidés à faire des arrestations, ils se plantent face à la fac et attendent. Très vite, tout le quartier est quadrillé. Impossible de sortir sans risquer l'interpellation. 

Nous gagnons un amphi où se déroulait une AG, et les discussions portent sur notre présence, source de désaccords entre les étudiant-e-s. Plusieurs prennent la parole pour réclamer des explications. Ils réprouvent l'intervention de leurs collègues et estiment que n'avons rien à foutre ici, pour reprendre les termes de l'un d'eux. Mais d'autres nous défendent. On réclame notre version des faits et un lycéen raconte le déroulement de la manif, insistant sur l'absence d'infraction. Les flics ont chargé sans le moindre motif. Aucune provocation, aucun jet de pierres, rien ne justifiait leur intervention, si ce n'est « l'obstruction de la voie publique » qui a ralenti quelques bagnoles pendant cinq minutes à tout casser. Les étudiants de l'IEP sont divisé-e-s, mais la plupart paraissent nous soutenir. On cherche des solutions pour que nous puissions quitter la fac sans trop de risque. Quelqu'un propose d'envoyer un « représentant des lycéens » négocier avec la flicaille, mais nous nous y opposons presque à l'unanimité, d'abord parce que nous sommes contre le principe de représentation, ensuite parce que le lycéen désigné aurait une chance sur deux d'être arrêté. Finalement, ce sont des profs de la fac qui négocient. Après diverses pérégrinations, illes finissent par obtenir le départ des lardus et la PROMESSE de ne pas attaquer les militant-e-s qui sortiront de l'IEP. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes, mais peu de solutions s'offrent à nous à part tenter le tout pour le tout ou dormir à l'IEP.

On se rassemble dans le hall. Les flics sont partis. Quelques lycéen-ne-s s'en vont et nous recevons peu après des textos d'avertissement, comme quoi la BAC sillonne le quartier. Ils sont toujours décidés à nous interpeller. Les étudiant-e-s de l'IEP suggèrent, pour chaque groupe de lycéen, d'envoyer une dizaine d'étudiant-e-s en guise de garde du corps ; au final, on décide de faire un rassemblement devant le commico afin de soutenir les gardé-e-s à vue, au nombre de deux – mais on ignore l'identité du deuxième.

On quitte donc la fac, les manifestant-e-s accompagné-e-s d'étudiant-e-s de lIEP, visages découverts malgré le RG qui nous filme d'un bâtiment en face. Histoire de ne pas « donner aux flics de prétexte pour nous arrêter », on marche sur les trottoirs et s'arrête même aux feux rouges. On parvient enfin au commico de Jean Macé, où un comité d'accueil nous attend déjà. Flics en uniforme et flics en civil patientent sur le parvis du commico, munis des armes habituelles. Les manifestant-e-s scandent des slogans et les flics envoie une délégation nous informer que nos camarades sont embastillés à Marius Berliet, le commissariat central, que notre présence ici n'a aucune raison d'être.


Après de longues discussions stériles, on se dirige vers le tramway pour se rendre à Marius Berliet.


On n'a pas fait dix mètres que les BACeux chargent, encore une fois sans le moindre prétexte puisque nous respections scrupuleusement jusqu'à la plus insignifiante des lois. Panique, encore. Les BACeux nous coursent, distribuent coups de tonfa aux moins rapides et brandissent leurs flash-ball. Nouvelle arrestation, musclée celle-là. Lorsqu'on rebrousse chemin pour s'approcher de l'arrestation, les BACeux, apparemment à cran, nous menacent avec leur flash-ball et nous ordonnent de se tirer. Quand des manifestant-e-s, appliquant l'usage, crient pour demander son nom à l'interpellé, ils se font réprimer à coups de matraque. On recule un peu pour avancer dès que la bagnole banalisée emmène l'arrêté. Et les BACeux chargent, jamais fatigués, poursuivant les militant-e-s vers le tramway. Encore deux autres interpellations, toujours sans la moindre justification. Est-il besoin de rappeler que ces chers condés avaient PROMIS de n'interpeller personne ? Certes, nous savions déjà que la parole d'un flic ne vaut rien, mais voilà qui achèvera de convaincre les sceptiques.

Très énervé-e-s face à la violence de la BAC et à cette trahison, les militant-e-s rescapé-e-s, environ soixante-dix, se dirigent en chaîne humaine jusqu'au commissariat, pour faire face aux flics. La tension monte encore, mais aucun projectile n'est lancé malgré la rage palpable.

On reste un long moment à invectiver les flics et à ronger notre frein, puis des discussions s'organisent. Certain-e-s veulent se rendre à Marius Berliet, d'autres regagner la fac, arguant que nous ne sommes plus assez nombreux-ses pour risquer un rassemblement. Des querelles éclatent, principalement entre radicaux-ales et pacifistes. Un mouvement se déclenche vers le commissariat central, mais trop peu nombreux-ses, on renonce et rejoint les étudiant-e-s désireux-ses de se refugier dans les murs de Lyon II. Un début de fuite a lieu lorsque quelqu'un lance la rumeur que les BACeux vont charger, mais pour une fois c'est une fausse alerte.

Enfin, on abandonne l'idée de manifester devant Berliet et on va à la fac pour une réunion-bilan, destinée à comprendre ce qui a foiré et à échanger des conseils, stratégies pour résister aux lardus. L'humeur est au désespoir, beaucoup sont sur le point de baisser les bras.

La réunion dure une heure dans les couloirs de Lyon II, réunissant une cinquantaine d'étudiant-e-s et de lycéen-ne-s. A l'issue de laquelle on s'organise pour les témoignages en cas de procès, et où l'on décide de se rassembler le lendemain (vendredi) à 14h devant le TGI en cas de comparutions immédiates, ou devant Marius Berliet si ce n'est pas le cas.

Aux dernières nouvelles, deux des interpellés sont sortis du commissariat vendredi à 10h30, avec des convocations au tribunal le 2 juillet, pour l'immuable "outrage et rébellion".


A Paris, St-Nazaire, Nantes, Marseille et Toulouse, des affrontements ont eu lieu entre flics et manifestants suite à la manif unitaire.

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Published by CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - dans Compte rendu des manifs
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commentaires

nono 22/03/2009 11:05

vu dans le canard du 11 mars dernier :
"la préfecture de police de Paris vient de rédiger une note datée du 10 février, pour faire arrêter sur le champ le « meneur » de chaque manifestation qui n’aurait pas été précédemment déclarée dans les procédures légales."
Ils iront pas loin en disant ça. A quand les tirs à balles réelles ?

CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise 22/03/2009 00:16

Effectivement, des rumeurs comme quoi ils chercheraient un "meneur", mais les descriptions sont différentes selon les sources. Apparemment les flics ont changé de stratégie. Au lieu d'arrêter ceux qui courent le moins vite, ils veulent choper les "leaders". Ils ont toujours pas capté le principe d'autogestion. Ils pourront arrêter tous les "leaders" qu'ils voudront, ça ne changera rien au mouvement.

nono 21/03/2009 21:40

Certains (dont moi) ont réussi à s'échapper de la cour du musée de la résistance en escaladant le portail sur le côté, et se sont ensuite dispersés dicretos. Certaines rumeurs courraient que les keufs cherchaient quelqu'un en particulier, et effectivement non seulement la bac mais aussi des crs n'arrêtaient pas de tourner dans le quartier.