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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 21:55
Il y a maintenant plusieurs mois que cette histoire défraie la chronique. Elle aura fait couler beaucoup d'encre et n'est toujours pas terminée... Récapitulatif de "l'affaire Tarnac", le "dossier Julien Coupat" ou le "retour de l'ultra-gauche anarcho-autonome".

7 novembre : filée par les flics, la voiture de Julien Coupat et d'Yildune Levy s'arrête pendant quelques minutes près d'une voie TGV.

8 novembre : La SNCF porte plainte pour quatre de ses lignes TGV, dont des fers à béton ont été posés sur les caténaires, provoquant un retard de train.

11 novembre : Coupat, Levy et huit autre personnes sont arrêtées par un arsenal policier anti-terroriste complètement démentiel, comparé à la menace qu'ils représentaient. Michèle Alliot-Marie prononce pour la première fois ce terme devenu célèbre, l'ultra-gauche mouvance anarcho-autonome. Tous sont suspectés de sabotage des lignes de TGV, et donc de terrorisme selon les critères de l'Etat.

15 novembre, Julien Coupat est accusé de « direction d'une structure à vocation terroriste, « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », « dégradations en réunion en relation avec une entreprise terroriste ». Lui et quatre autres inculpés sont placés en détention provisoires. Les autres sont remis en « liberté », mais sous contrôle judiciaire.

2 décembre, trois des camarades arrêtés avec Julien sont relâchés.

19 décembre, un juge proclame la libération de Coupat mais le parquet impose sa loi et oblige Julien à rester en prison, malgré la relaxe.


Plusieurs demandes de remise en liberté sous contrôle judiciaire, pour Julien et Yildune, sont refusées par le tribunal.


16 janvier, on accepte enfin la demande d'Yildune.

30 janvier, 19 février, 13 mars, le tribunal refuse encore la remise en liberté de Coupat, alors que l'absence de preuves contre lui est tout à fait évidente. Mais malgré les pressions, Julien est toujours incarcéré alors que son dossier est pratiquement vide.


De nombreux comités de soutien se sont créés pour l'affaire Tarnac, et les intentions du gouvernement sont limpides : façonner un ennemi intérieur pour fustiger les militants, effrayer les braves gens. La peur, un excellent moyen de prendre le pouvoir... ou de le garder. On assimile l'affaire Tarnac à Action Directe, aux Fractions Armées Rouges, à toutes ces organisations radicales dont le nom, dans les manuels d'histoire, est encore synonyme de terreur aveugle.

Quoi qu'il arrive à Coupat, la mode est lancée : désormais, les médias évoquent le terrorisme pour la plus petite bouteille jetée sur les flics. Avant Tarnac, les journaleux parlait des militants en les taxant de « délinquants ». Aujourd'hui, ils nous appellent « terroristes ». il y a une évolution, remarquez, mais cet acharnement du ministère de l'Intérieur à vouloir réduire à néant tous les groupuscules dits « radicaux » est des plus inquiétants. Car si l'on considère une communauté vivant dans l'alternativisme comme terroristes, jusqu'où peut-on aller ?


Ceux qu'on nomme désormais les « neuf de Tarnac », les amis de Coupat arrêtés en même temps que lui, puis relâchés, ont écrit une lettre ouverte pour dénoncer les manoeuvres de l'Etat, ce qu'ils ont subi et ce que Julien continue de subir. En voici la reproduction :


"Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé l’"affaire de Tarnac" ne cesse de ne plus vouloir finir. Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d’une cellule invisible. Puisqu’il semble que quelques personnes aient encore intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque, il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l’on nous a taillé ("les 9 de Tarnac"), pour un nécessaire éclaircissement collectif. Alors voilà. ...

Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos poubelles, les flics reluquaient jusqu’à l’intérieur de nos rectums. C’est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier, vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos maisons. Vous jouissez de ces moyens.

Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d’autres. Atomisés par vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une administration, toute une police et toute la logique d’un monde. Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà dressé. Aussi, qu’on ne nous demande pas d’être beaux joueurs.

Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d’"individus", constitués en "cellule", appartenant à une "mouvance" d’une fraction de l’échiquier politique. Vous en avez besoin, car c’est votre seule et dernière prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe quelque chose en France, mais ce n’est certainement pas la renaissance d’une "ultragauche". Nous ne sommes ici que des figures, qu’une cristallisation somme toute plutôt vulgaire d’un conflit qui traverse notre époque. La pointe médiatico-policière d’un affrontement sans merci que mène un ordre qui s’effondre contre tout ce qui prétend pouvoir lui survivre.

Il va sans dire qu’à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons, les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n’y comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour vous expliquer.


Tertio. Nous constations qu'il y a plus de joie dans nos amitiés et nos "associations de malfaiteurs" que dans vos bureaux et vos tribunaux.

Quarto. S’il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre emploi vous amène jusqu’à nous questionner sur nos pensées politiques et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente aux yeux de l’Etat et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l’opacité. Et l’on nous dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone portable, qui cryptent les textes qu’ils écrivent, qui font d’habiles détours en rentrant chez eux. Comme on dit : c’est ballot.

Quinto. Depuis le début de cette "affaire", vous avez semblé vouloir accorder beaucoup d’importance au témoignage d’un mythomane, aussi appelé "sous X". Vous vous obstinez, c’est courageux, à accorder un peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait l’honneur de la France il y a quelques décennies - la délation. C’en serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l’accusation de chef à l’encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires – à l’occasion, par exemple, de quelques balles envoyées par la Poste, ou sur la police, dans l’Hérault, ou à Villiers-le-bel.

Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu’il nous reste est désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s’est déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu’il est notre ami. Qu’il n’est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons qu’à partir de ce jour, dans l’héroïque tradition d’un Bartleby, "nous préférerons ne pas". En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu’à ce que vous le libériez, jusqu’à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu’à ce que vous abandonniez les poursuites.

Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas. Pour tous ceux que le ressentiment n’étouffe pas et qui font de la joie une question d’offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères et nos sœurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d’apitoiement. Pas de héros, pas de martyrs. C’est précisément parce que cette affaire n’a jamais été juridique qu’il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d’un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n’est rien d’autre que la généralisation de pratiques collectives d’autodéfense partout où cela devient nécessaire.

Il n’y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.

Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l’"affaire de Tarnac".


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Published by CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - dans Réflexions
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