Dimanche 3 mai 2009

On commence à avoir l'habitude des manifestations du 1er Mai : toujours monotones, plan-plan à souhait et emmerdantes comme c'est pas permis. Cette fête des travailleurs, rebaptisée « fête du travail » par Pétain, s'inscrit dans la tradition française comme un sommet de défilés syndicaux bureaucrates dont les services d'ordre veillent à faire régner, ben... l'ordre.

 

On s'attendait donc, cette année, à une manif tout aussi chiante que les précédentes. On avait plus ou moins tort. Certes, il ne s'est produit ni émeutes ni coups d'état. Mais quand même, un début de ras-le-bol des défilés plan-plan s'est ébauché ce vendredi. Récit d'une journée riche en flicailles et en journaleux.

 

La CNT et la CGA, comme à l'accoutumée, ont appelé à un cortège rouge et noir en marge de la manifestation, au métro Debourg cette année. Habituellement, un certain nombre de militant-e-s répondent à cet appel et rejoignent le gros défilé syndical après une marche légèrement plus festive. Cette année, que dalle, nada. Personne, ou presque, au rendez-vous ; en tout cas pas assez pour constituer un cortège digne de ce nom. Alors les militant-e-s regagnent l'avenue Jean Jaurès et se placent à la fin de la manifestation, qui n'a pas encore démarré. Un flic en civil, bien connu à Lyon car omniprésent durant les mobilisations lycéennes et étudiantes, squatte déjà à quelques pas des manifestant-e-s en crachant dans son talkie-walkie. A quoi s'attend-il ? C'est le premier mai, pas le 18 décembre...

 

La manif s'ébranle au terme d'une longue attente, et surprise : à côté du cortège rouge et noir, des individu-e-s déploient de longues banderoles reliées entre elles et forment un bloc compact, se dérobant au regard investigateur des flics et à celui, avide, des journaleux, en s'entourant des banderoles et se masquant le visage. Des étudiant-e-s fournissent quelques banderoles pour agrandir le bloc, et celui-ci remonte la manifestation plan-plan, provoquant quelques crises cardiaques parmi les syndicalistes traumatisé-e-s : « Pourquoi ils se masquent le visage ? » « Pourquoi ils se cachent ? » « Quelle horreur, ces slogans qui traduisent une telle haine anti-flic ! »

Il faut bien l'avouer, les messages inscrits sur les banderoles sont plutôt provocateurs envers les forces de l'ordre. On citera No justice no Peace, Fuck the police ; Mort aux porcs, etc. On lit également Que crève le meilleur des mondes ! ; No border no nation, stop deportation, etc.


A mesure qu'il avance, le bloc se remplit, les intéressé-e-s se glissant sous les banderoles afin d'y pénétrer.

Les participant-e-s au bloc forment une grande majorité de lycéen-ne-s, ainsi que quelques étudiant-e-s dont la plupart ne tardera pas à partir. Bien des manifestant-e-s sont masqué-e-s, mais certain-e-s d'entre eux/elles, négligeant le danger d'exposer un visage découvert aux lardus, demeurent exposé-e-s. Les militant-e-s tiennent les banderoles le plus haut possible afin d'éviter les photos, mais beaucoup de journaleux sautillent afin de mitrailler le bloc, et ce malgré les invectives des manifestant-e-s. Les bacqueux prendront aussi de nombreuses photos, même si la vigilance des participant-e-s au bloc, remontant les banderoles à chaque tête de flic, évite bien des flashes.

Des fumigènes sont allumés régulièrement et contribuent à la bonne ambiance. Des slogans anti-flics, anticapitalistes et internationalistes sont lancés, et la batucada, placée derrière le bloc, instaure un climat festif. Les rues, les murs sont taggués. C'est pas la guerre civile, mais un premier mai déjà plus intéressant que les années précédentes.

Arrivé près de la rue Chevreul, le bloc est forcé de ralentir à cause des dernières banderoles, qui ont tendance à se détacher. Des étudiant-e-s quittent alors le bloc en toute hâte en récupérant leurs propres banderoles, obligeant les autres militant-e-s à resserrer le cortège et à recoller les banderoles restantes. C'est alors que des affrontements verbaux ont lieu avec des membres de la CFDT, qui chialent en nous accusant de ralentir la manifestation, et nous insultent à cause des visages masqués. L'altercation se limite aux mots et le bloc se déporte sur le trottoir afin de ne plus se frotter à ce syndicat socio-traître, et accélère quand la rumeur circule au sujet de flics en civil qui se presseraient à notre suite. On décide momentanément de briser le bloc – c'est à dire replier les banderoles – le temps d'avancer.

Le bloc se reforme un peu plus loin dans la manif. De nouveaux fumigènes sont allumés, des oeufs et des tomates balancés sur la façade de certains établissements. Les types de la BAC sont de plus en plus nombreux à escorter le bloc, toutefois sans y pénétrer. Un individu suspect au sein du bloc sera, par la suite, soupçonné d'appartenir à la flicaille : masqué à la va-vite, il ne semble connaître personne, ne parle à personne, observe de près ceux qui s'hasardent à lancer des projectiles comestibles, et ressort aussi rapidement qu'il était entré. Mais en l'absence de preuves suffisamment tangibles, personne ne l'éjecte, de peur de s'en prendre à un simple manifestant. Profitons de cette anectode pour rappeler qu'il faut absolument se dissimuler le visage quand on participe à ce genre de rassemblement – où la plupart des participant-e-s sont masqué-e-s –, car les flics sont trop heureux de récupérer de nouvelles gueules à introduire dans leurs fichiers.

C'est lorsque le bloc atteint la place Bellecour que la panique s'insuffle. En effet, deux manifestants parcourent le bloc de long en large en hurlant qu'il faut détacher les banderoles. Ils crient que les flics en civil suivent le bloc, et leur crise d'hystérie ne s'éteint pas quand on leur fait gentiment remarquer ceux-là nous suivent depuis le début de la manif, c'est à dire plus de deux heures. Leur peur est communicative : de nombreux participant-e-s quittent le bloc en toute hâte, les autres hésitent. Des étudiant-e-s nous avertissent que les bacqueux ont dégainé leurs flash-ball est qu'ils sont de plus en plus nombreux/ses. Des interpellations paraissent se préparer.

Les militant-e-s restant-e-s craignent d'être arrêté-e-s ou photographié-e-s à visage découvert si les flics les voient émerger du bloc. Du reste, on ne sait comment abandonner les banderoles sans que les porteurs/ses soient repérer. C'est finalement des étudiant-e-s qui nous viennent en aide en nous enjoignant de courir après le cortège rouge et noir, qui s'est engagé dans la rue de la République. On parvient effectivement à les rejoindre sans intervention policière, malgré le nombre de flics qui nous suivent. Une fois aux abords du cortège rouge et noir, on replie les banderoles en toute hâte, on enlève keffiehs, cagoules et masques improvisés, et on se fonde dans la foule. Les bacqueux continuent de suivre le cortège, mais au final, nulle interpellation jusqu'à la place Sathonay, où a lieu le traditionnel repas de Radio Canut. Là, les militant-e-s se restaurent, se reposent dans une ambiance bon enfant, sous les regards méprisants des flics du commico qui borde la place.

Aucune arrestation à déplorer, un léger manque d'organisation qui sera peut-être comblé à la prochaine manifestation. Curieusement, les étudiant-e-s, apparemment déprimé-e-s, ne sont pas venu-e-s en masse ce 1er mai.

 

Par CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - Publié dans : Compte rendu des manifs
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