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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 03:36

On commence à avoir l'habitude des manifestations du 1er Mai : toujours monotones, plan-plan à souhait et emmerdantes comme c'est pas permis. Cette fête des travailleurs, rebaptisée « fête du travail » par Pétain, s'inscrit dans la tradition française comme un sommet de défilés syndicaux bureaucrates dont les services d'ordre veillent à faire régner, ben... l'ordre.

 

On s'attendait donc, cette année, à une manif tout aussi chiante que les précédentes. On avait plus ou moins tort. Certes, il ne s'est produit ni émeutes ni coups d'état. Mais quand même, un début de ras-le-bol des défilés plan-plan s'est ébauché ce vendredi. Récit d'une journée riche en flicailles et en journaleux.

 

La CNT et la CGA, comme à l'accoutumée, ont appelé à un cortège rouge et noir en marge de la manifestation, au métro Debourg cette année. Habituellement, un certain nombre de militant-e-s répondent à cet appel et rejoignent le gros défilé syndical après une marche légèrement plus festive. Cette année, que dalle, nada. Personne, ou presque, au rendez-vous ; en tout cas pas assez pour constituer un cortège digne de ce nom. Alors les militant-e-s regagnent l'avenue Jean Jaurès et se placent à la fin de la manifestation, qui n'a pas encore démarré. Un flic en civil, bien connu à Lyon car omniprésent durant les mobilisations lycéennes et étudiantes, squatte déjà à quelques pas des manifestant-e-s en crachant dans son talkie-walkie. A quoi s'attend-il ? C'est le premier mai, pas le 18 décembre...

 

La manif s'ébranle au terme d'une longue attente, et surprise : à côté du cortège rouge et noir, des individu-e-s déploient de longues banderoles reliées entre elles et forment un bloc compact, se dérobant au regard investigateur des flics et à celui, avide, des journaleux, en s'entourant des banderoles et se masquant le visage. Des étudiant-e-s fournissent quelques banderoles pour agrandir le bloc, et celui-ci remonte la manifestation plan-plan, provoquant quelques crises cardiaques parmi les syndicalistes traumatisé-e-s : « Pourquoi ils se masquent le visage ? » « Pourquoi ils se cachent ? » « Quelle horreur, ces slogans qui traduisent une telle haine anti-flic ! »

Il faut bien l'avouer, les messages inscrits sur les banderoles sont plutôt provocateurs envers les forces de l'ordre. On citera No justice no Peace, Fuck the police ; Mort aux porcs, etc. On lit également Que crève le meilleur des mondes ! ; No border no nation, stop deportation, etc.


A mesure qu'il avance, le bloc se remplit, les intéressé-e-s se glissant sous les banderoles afin d'y pénétrer.

Les participant-e-s au bloc forment une grande majorité de lycéen-ne-s, ainsi que quelques étudiant-e-s dont la plupart ne tardera pas à partir. Bien des manifestant-e-s sont masqué-e-s, mais certain-e-s d'entre eux/elles, négligeant le danger d'exposer un visage découvert aux lardus, demeurent exposé-e-s. Les militant-e-s tiennent les banderoles le plus haut possible afin d'éviter les photos, mais beaucoup de journaleux sautillent afin de mitrailler le bloc, et ce malgré les invectives des manifestant-e-s. Les bacqueux prendront aussi de nombreuses photos, même si la vigilance des participant-e-s au bloc, remontant les banderoles à chaque tête de flic, évite bien des flashes.

Des fumigènes sont allumés régulièrement et contribuent à la bonne ambiance. Des slogans anti-flics, anticapitalistes et internationalistes sont lancés, et la batucada, placée derrière le bloc, instaure un climat festif. Les rues, les murs sont taggués. C'est pas la guerre civile, mais un premier mai déjà plus intéressant que les années précédentes.

Arrivé près de la rue Chevreul, le bloc est forcé de ralentir à cause des dernières banderoles, qui ont tendance à se détacher. Des étudiant-e-s quittent alors le bloc en toute hâte en récupérant leurs propres banderoles, obligeant les autres militant-e-s à resserrer le cortège et à recoller les banderoles restantes. C'est alors que des affrontements verbaux ont lieu avec des membres de la CFDT, qui chialent en nous accusant de ralentir la manifestation, et nous insultent à cause des visages masqués. L'altercation se limite aux mots et le bloc se déporte sur le trottoir afin de ne plus se frotter à ce syndicat socio-traître, et accélère quand la rumeur circule au sujet de flics en civil qui se presseraient à notre suite. On décide momentanément de briser le bloc – c'est à dire replier les banderoles – le temps d'avancer.

Le bloc se reforme un peu plus loin dans la manif. De nouveaux fumigènes sont allumés, des oeufs et des tomates balancés sur la façade de certains établissements. Les types de la BAC sont de plus en plus nombreux à escorter le bloc, toutefois sans y pénétrer. Un individu suspect au sein du bloc sera, par la suite, soupçonné d'appartenir à la flicaille : masqué à la va-vite, il ne semble connaître personne, ne parle à personne, observe de près ceux qui s'hasardent à lancer des projectiles comestibles, et ressort aussi rapidement qu'il était entré. Mais en l'absence de preuves suffisamment tangibles, personne ne l'éjecte, de peur de s'en prendre à un simple manifestant. Profitons de cette anectode pour rappeler qu'il faut absolument se dissimuler le visage quand on participe à ce genre de rassemblement – où la plupart des participant-e-s sont masqué-e-s –, car les flics sont trop heureux de récupérer de nouvelles gueules à introduire dans leurs fichiers.

C'est lorsque le bloc atteint la place Bellecour que la panique s'insuffle. En effet, deux manifestants parcourent le bloc de long en large en hurlant qu'il faut détacher les banderoles. Ils crient que les flics en civil suivent le bloc, et leur crise d'hystérie ne s'éteint pas quand on leur fait gentiment remarquer ceux-là nous suivent depuis le début de la manif, c'est à dire plus de deux heures. Leur peur est communicative : de nombreux participant-e-s quittent le bloc en toute hâte, les autres hésitent. Des étudiant-e-s nous avertissent que les bacqueux ont dégainé leurs flash-ball est qu'ils sont de plus en plus nombreux/ses. Des interpellations paraissent se préparer.

Les militant-e-s restant-e-s craignent d'être arrêté-e-s ou photographié-e-s à visage découvert si les flics les voient émerger du bloc. Du reste, on ne sait comment abandonner les banderoles sans que les porteurs/ses soient repérer. C'est finalement des étudiant-e-s qui nous viennent en aide en nous enjoignant de courir après le cortège rouge et noir, qui s'est engagé dans la rue de la République. On parvient effectivement à les rejoindre sans intervention policière, malgré le nombre de flics qui nous suivent. Une fois aux abords du cortège rouge et noir, on replie les banderoles en toute hâte, on enlève keffiehs, cagoules et masques improvisés, et on se fonde dans la foule. Les bacqueux continuent de suivre le cortège, mais au final, nulle interpellation jusqu'à la place Sathonay, où a lieu le traditionnel repas de Radio Canut. Là, les militant-e-s se restaurent, se reposent dans une ambiance bon enfant, sous les regards méprisants des flics du commico qui borde la place.

Aucune arrestation à déplorer, un léger manque d'organisation qui sera peut-être comblé à la prochaine manifestation. Curieusement, les étudiant-e-s, apparemment déprimé-e-s, ne sont pas venu-e-s en masse ce 1er mai.

 

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Published by CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - dans Compte rendu des manifs
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commentaires

flic infiltré 07/05/2009 14:20

Merci azertyuiop de m'avoir fait confiance. Je partage bien évidemment complètement ton avis: je pense effectivement que lorsque l'on soupçonne quelqu'un la moindre des choses c'est d'aller parler avec lui, pour savoir ou pour comprendre... Après je comprends que ce ne soit pas toujours évident: quand on sait comme la répression sévit on est en droit de s'interroger et c'est pour ça que je n'en veux à aucunE de vous. Quoi qu'il en soit je pense qu'il faut aller au delà de toutes ces peurs: l'Etat joue avec et c'est de cette façon qu'il nous tient par les valseuses. Par contre pour les block, le débat est ouvert: je crois qu'il vaut mieux 4 blocks de 10 personnes qui se connaissent parfaitement ou de confiance, et qui savent prendre une décision commune rapidement en cas de coup dur, plutôt qu'un de 40 ou certaines personnes s'incrustent avec toujours des doutes sur leurs motivations ou leurs réflexes en cas de charge par exemple.. Bref tout ça pour dire que je ne sais pas si je dois revenir dans un block, je vais réfléchir quand même car ça me fait chier, mais en plus si certainEs d'entre vous m'ont (mal) reconnu alors c'est évident que les bacceux aussi. On verra... Tout cas rien que pour créer des liens ça donne envie de revenir. Surtout que maintenant vous vous savez qui je suis, je vais avoir du mal à me cacher...

Bon je ne vais pas plus m'attarder ici mais on se verra j'espère prochainement et j'essaierai d'être moins looké à la bacceux infiltré ;-)

Courage et bonnes actions prochaines.

ps: aujourd'hui je ne pourrais pas être à la manif :-( mais j'envoie mes indic' pour me rapporter des infos sur cette dangereuse racaille-terroriste-anarcho-autonome-ultra-gauchiste;-)

nopatrie 06/05/2009 20:34

pour te re-répondre, je cherche en effet seulement une résistance contre les réformes parce que l'état personnellement je pense que si il est de gauche, de droite, d'en haut ou d'en bas, ça n'a que peu d'importance, se sera toujours pareil, il y aura toujours des choses contre lesquelles il faudra lutter, c'est comme ça que ça marche la politique (c'est grossier de voir les choses ainsi je te l'accorde mais restons simpliste).
Deuxième chose, il est vrai je me permet de vous faire la morale alors que j'abandonne moi-même là aussi je t'accorde que c'est un peu gros, certes, mais comment ne pas être démoralisé, quand on voit que jusqu'alors les impactes de nos actions ont été si faibles???
Enfin et dernière chose, c'était peut-être un peu fort de dire "la coord" fut un échec, mais les actions qu'elle a tenté ont pour la plupart échouée, c'est en cela que je vois l'échec. Il est cependant vrai que cela a permis de créer un réseau plutôt fiable dans les "subsistants" et c'est une bonne chose; le fait que je ne participe plus aux actions (oui l'administration me tient par les couilles, donc plus le droit d'y participer), ou aux manifs (idem) ne veut pas dire que je ne vous soutiens plus pour autant, j'ai toujours la rage au fond, mais j'ai fais un choix (difficile).
Je sais bien que l'état est quelque chose d'abstrait, mais je ne vois pas en quoi le fait de s'attaquer directement aux flics donnerait de l'impact au mouvement (même si on peut assimiler la mobilisation et la répression policière à la matérialisation de l'oppression de l'état). Peut-être que je me trompe après j'en sais rien, j'espère en tout cas que vos prochaines actions auront plus d'impacte.

Mais voilà, comme m'a dit il n'y a pas très longtemps une personne de grande sagesse: "j'admire ceux qui dépasse les mots, même sous les lacrymos; ceux qui sacrifient leur présent à sauver notre avenir. Il y a ceux qui parlent et ceux qui font : dans le rôle du militant nos paroles ne seront jamais aussi légitimes que leurs actes".

Donc au final mes paroles ne valent pas mieux que les tiennent, seuls les actes sont légitimes.

azertyuiop 05/05/2009 11:56

J'étais dans le bloc et je ne te suspectais pas !!!! REVIIIENS !!!
C'est pas la première fois qu'on accuse quelqu'un à tord et c'est bien triste d'en arriver là, d'ailleurs la première chose à faire quand on suspecte quelqu'un ne serait ce pas d'aller vérifier ce qu'on avance - en lui parlant par exemple - au lieu de faire tourner à toutes les autres personnes des infos fausses - d'ailleurs le véritable flic en civil dissimuler derrière sa cagoule noire doit bien se marrer en entendant qu'on se fout à ce point des bâtons dans les roues.
En plus la possibilité d'un flic en civil dans le bloc à empêcher des personnes de faire certaines actions, alors que bon on ne peut jamais être sure qu'il n'y ai pas de flic dans ce genre de truc, et ça ne doit pas nous empêcher de nous amuser, d'ailleurs se cagouler, s'habiller sans signe distinctif, rester mobile dans le bloc ( si c'est possible ) ça sert pas à ça ?

Pour répondre à "nopatrie", bien entendu qu'on se bat contre la police; l'Etat c'est quelque chose d'abstrait qui est réel dans toutes ses déclinaisons qui nous oppressent au quotidien : la police , le travail, la publicité, l'école etc...etc...Et c'est à ces choses qu'il faut s'attaquer directement.

Mais est ce vraiment contre l'Etat que tu veux lutter ou cherches tu seulement "une vrai résistance face aux réformes " ?

Je ne pense pas que la coord soit un echec, si la coord' est morte aujourd'hui vive la coord ! Le fait que la coord' se dissout d'elle même est sans doute la meilleure des choses à faire de mon point de vue, essayer de la faire subsister reviendrait à tomber dans l'impasse des orgas. En tout cas elle nous a permis de créer un bon réseau qui doit pouvoir se réactiver et passer à l'action, en attendant (?) il nous est très utile pour faire tourner des infos, sans parler des affinités qui sont nées entre nous .

Toi tu arrêtes de participer aux actions et aux manifs et tu viens nous faire la morale, c'est un peu gros vois tu...
Y'en a face à des problèmes de désorganisation qui essaient d'améliorer les choses, toi tu te bars , tout est dis.

nopatrie 04/05/2009 20:19

Voilà ce qui arrive à force d'être parano, vous devenez pires que les flics mes bons amis...Et si la coord est un échec, et si la résistance est un échec, ne rejetez pas la faute sur qui que se soit d'autre que vous-même...cherchez l'erreur, pour ma part, j'ai arrêter de participer aux actions et autres manifs il y a peu en voyant à quelle point c'était désorganisé...on aurait pu croire en une vrai résistance face aux réformes imposées par l'État, encore aurait-il fallut que l'on se concentre sur autre chose que "comment échapper aux flics", moi j'ai plus eu l'impression que l'on se battait contre la police plutot que contre l'Etat, après chacun sa version.
Adieu

flic infiltré 04/05/2009 14:09

C’est incroyable ! je suis vraiment déçu de l’attitude du block de vendredi : effectivement ce type était tout seul et est arrivé en cours de route, et après ? Le fait est que ce type n’était pas un dek et pour cause je peux l’affirmer (après vous en ferez ce que vous voudrez) puisque c’était moi. Oui c’est sur je suis vraiment déçu de voir que se reproduisent dans les blocks de lyon les schémas que l’on s’efforce de dénoncer à savoir suspicion au faciès et au look (au fait je le prend comment le « looké à la bacceux infiltré » ?), manque de solidarité (je cherchais désespérément quelqu’un pour me relayer à la banderole, pensant que le partage des taches était une évidence de bon sens dans un block), discours et débat à l’intérieur imprégnés du fascisme des années brunes (« il faut un symbole fort, un drapeau, une couleur, … » et un chef aussi ?). A quand une présentation des papiers pour prouver son identité et sa non appartenance à vos fichiers bancales pour pouvoir manifester ? Et puis aussi à la fin (mais ça a déjà été souligné), dislocation du block à l’appel de qqunEs au moment où il ne fallait surtout pas… bref ! ma conclusion dans tout ça c’est qu’un block est avant tout un groupe affinitaire et qu’effectivement un pélo seul n’y a peut-être pas sa place (après c’est tout un débat mais je crois que là-dessus on peut être d’accord). Dommage qu’aucunE membre du block ou presque (on m’a quand même proposé à boire, merci aux « collabos ») ne m’ai reconnu car j’ai pourtant participé à de nombreuses actions avec beaucoup d’entre vous, que je pouvais reconnaître malgré les camouflages au passage, et ça fait vraiment chier quand on vous prend pour un flic ! Tout ça parsk j’étais seul et que je ne parlais pas: d’ailleurs comment l’auriez-vous pris si j’étais venu parler à l’unE d’entre vous ? ce serait paru encore plus louche et là je me serais réellement fait jeté…). Donc voilà ! Tout ça pour dire que tant pis pour moi, apparemment les block il faut que j’oublie.

Ah oui au fait : ça aurait été quoi mon rôle en tant que flic dans ce block ? J’avais même pas mon tél pour parler à mes « supérieurs » et encore moins une oreillette, pas franchement prudent ! Et puis quitte à être parano, perso je pense que les flics qui s’infiltrent dans un block y vont franchement niveau look : on l’a vu sur de nombreuses vidéos, c’est pas compliqué pour un rg de s’habiller tout en noir avec une cagoule ; donc juger au look c’est vraiment léger, non ?

Bon dsl pour ce com un peu froid et rapide (pas trop le temps d’être super clair donc j’espère qu’il sera un minimum compréhensible !) mais pour le coup toute cette histoire m’a vraiment dégoûté… Au point que je ne sais même plus si je dois participer à des actions (au fait je ne suis pas toujours tout seul non plus et un minimum d’attention vous aurait permis de le remarquer) ou même à des manifs (les sauvages j’en parle même pas...). Ma liberté en a pris un sacré coup ; dommage ! car je croyais pourtant vraiment aux blocks pour affirmer cet idéal de société qui nous est j’en suis sur commun…