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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 03:36

On commence à avoir l'habitude des manifestations du 1er Mai : toujours monotones, plan-plan à souhait et emmerdantes comme c'est pas permis. Cette fête des travailleurs, rebaptisée « fête du travail » par Pétain, s'inscrit dans la tradition française comme un sommet de défilés syndicaux bureaucrates dont les services d'ordre veillent à faire régner, ben... l'ordre.

 

On s'attendait donc, cette année, à une manif tout aussi chiante que les précédentes. On avait plus ou moins tort. Certes, il ne s'est produit ni émeutes ni coups d'état. Mais quand même, un début de ras-le-bol des défilés plan-plan s'est ébauché ce vendredi. Récit d'une journée riche en flicailles et en journaleux.

 

La CNT et la CGA, comme à l'accoutumée, ont appelé à un cortège rouge et noir en marge de la manifestation, au métro Debourg cette année. Habituellement, un certain nombre de militant-e-s répondent à cet appel et rejoignent le gros défilé syndical après une marche légèrement plus festive. Cette année, que dalle, nada. Personne, ou presque, au rendez-vous ; en tout cas pas assez pour constituer un cortège digne de ce nom. Alors les militant-e-s regagnent l'avenue Jean Jaurès et se placent à la fin de la manifestation, qui n'a pas encore démarré. Un flic en civil, bien connu à Lyon car omniprésent durant les mobilisations lycéennes et étudiantes, squatte déjà à quelques pas des manifestant-e-s en crachant dans son talkie-walkie. A quoi s'attend-il ? C'est le premier mai, pas le 18 décembre...

 

La manif s'ébranle au terme d'une longue attente, et surprise : à côté du cortège rouge et noir, des individu-e-s déploient de longues banderoles reliées entre elles et forment un bloc compact, se dérobant au regard investigateur des flics et à celui, avide, des journaleux, en s'entourant des banderoles et se masquant le visage. Des étudiant-e-s fournissent quelques banderoles pour agrandir le bloc, et celui-ci remonte la manifestation plan-plan, provoquant quelques crises cardiaques parmi les syndicalistes traumatisé-e-s : « Pourquoi ils se masquent le visage ? » « Pourquoi ils se cachent ? » « Quelle horreur, ces slogans qui traduisent une telle haine anti-flic ! »

Il faut bien l'avouer, les messages inscrits sur les banderoles sont plutôt provocateurs envers les forces de l'ordre. On citera No justice no Peace, Fuck the police ; Mort aux porcs, etc. On lit également Que crève le meilleur des mondes ! ; No border no nation, stop deportation, etc.


A mesure qu'il avance, le bloc se remplit, les intéressé-e-s se glissant sous les banderoles afin d'y pénétrer.

Les participant-e-s au bloc forment une grande majorité de lycéen-ne-s, ainsi que quelques étudiant-e-s dont la plupart ne tardera pas à partir. Bien des manifestant-e-s sont masqué-e-s, mais certain-e-s d'entre eux/elles, négligeant le danger d'exposer un visage découvert aux lardus, demeurent exposé-e-s. Les militant-e-s tiennent les banderoles le plus haut possible afin d'éviter les photos, mais beaucoup de journaleux sautillent afin de mitrailler le bloc, et ce malgré les invectives des manifestant-e-s. Les bacqueux prendront aussi de nombreuses photos, même si la vigilance des participant-e-s au bloc, remontant les banderoles à chaque tête de flic, évite bien des flashes.

Des fumigènes sont allumés régulièrement et contribuent à la bonne ambiance. Des slogans anti-flics, anticapitalistes et internationalistes sont lancés, et la batucada, placée derrière le bloc, instaure un climat festif. Les rues, les murs sont taggués. C'est pas la guerre civile, mais un premier mai déjà plus intéressant que les années précédentes.

Arrivé près de la rue Chevreul, le bloc est forcé de ralentir à cause des dernières banderoles, qui ont tendance à se détacher. Des étudiant-e-s quittent alors le bloc en toute hâte en récupérant leurs propres banderoles, obligeant les autres militant-e-s à resserrer le cortège et à recoller les banderoles restantes. C'est alors que des affrontements verbaux ont lieu avec des membres de la CFDT, qui chialent en nous accusant de ralentir la manifestation, et nous insultent à cause des visages masqués. L'altercation se limite aux mots et le bloc se déporte sur le trottoir afin de ne plus se frotter à ce syndicat socio-traître, et accélère quand la rumeur circule au sujet de flics en civil qui se presseraient à notre suite. On décide momentanément de briser le bloc – c'est à dire replier les banderoles – le temps d'avancer.

Le bloc se reforme un peu plus loin dans la manif. De nouveaux fumigènes sont allumés, des oeufs et des tomates balancés sur la façade de certains établissements. Les types de la BAC sont de plus en plus nombreux à escorter le bloc, toutefois sans y pénétrer. Un individu suspect au sein du bloc sera, par la suite, soupçonné d'appartenir à la flicaille : masqué à la va-vite, il ne semble connaître personne, ne parle à personne, observe de près ceux qui s'hasardent à lancer des projectiles comestibles, et ressort aussi rapidement qu'il était entré. Mais en l'absence de preuves suffisamment tangibles, personne ne l'éjecte, de peur de s'en prendre à un simple manifestant. Profitons de cette anectode pour rappeler qu'il faut absolument se dissimuler le visage quand on participe à ce genre de rassemblement – où la plupart des participant-e-s sont masqué-e-s –, car les flics sont trop heureux de récupérer de nouvelles gueules à introduire dans leurs fichiers.

C'est lorsque le bloc atteint la place Bellecour que la panique s'insuffle. En effet, deux manifestants parcourent le bloc de long en large en hurlant qu'il faut détacher les banderoles. Ils crient que les flics en civil suivent le bloc, et leur crise d'hystérie ne s'éteint pas quand on leur fait gentiment remarquer ceux-là nous suivent depuis le début de la manif, c'est à dire plus de deux heures. Leur peur est communicative : de nombreux participant-e-s quittent le bloc en toute hâte, les autres hésitent. Des étudiant-e-s nous avertissent que les bacqueux ont dégainé leurs flash-ball est qu'ils sont de plus en plus nombreux/ses. Des interpellations paraissent se préparer.

Les militant-e-s restant-e-s craignent d'être arrêté-e-s ou photographié-e-s à visage découvert si les flics les voient émerger du bloc. Du reste, on ne sait comment abandonner les banderoles sans que les porteurs/ses soient repérer. C'est finalement des étudiant-e-s qui nous viennent en aide en nous enjoignant de courir après le cortège rouge et noir, qui s'est engagé dans la rue de la République. On parvient effectivement à les rejoindre sans intervention policière, malgré le nombre de flics qui nous suivent. Une fois aux abords du cortège rouge et noir, on replie les banderoles en toute hâte, on enlève keffiehs, cagoules et masques improvisés, et on se fonde dans la foule. Les bacqueux continuent de suivre le cortège, mais au final, nulle interpellation jusqu'à la place Sathonay, où a lieu le traditionnel repas de Radio Canut. Là, les militant-e-s se restaurent, se reposent dans une ambiance bon enfant, sous les regards méprisants des flics du commico qui borde la place.

Aucune arrestation à déplorer, un léger manque d'organisation qui sera peut-être comblé à la prochaine manifestation. Curieusement, les étudiant-e-s, apparemment déprimé-e-s, ne sont pas venu-e-s en masse ce 1er mai.

 

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 18:45

Beaucoup de syndics et orgas appelaient à manifester en cette journée fatidique du 19 mars. La coord avait donné rendez-vous aux lycéens à 10h devant le McDo de Grange Blanche dans l'intention de constituer un cortège lycéen, histoire de prouver qu'on était pas encore absorbés par les épreuves du bac au point d'en oublier la lutte. Mais le sort en a décidé autrement...

Plusieurs lycées devaient bloquer ce jour-là, notamment Herriot, Chabrières, Lacassagne et Branly. La plupart de ces établissements étaient de toute façon vides, grâce à la grève des profs, et la mobilisation n'a pas été suffisante dans ces lycées pour permettre un blocus total.

Malgré cet échec et la grève des TCL, les lycéen-ne-s affluent de plus en plus nombreux-ses à Grange Blanche, en même temps que les salarié-e-s. Aux alentours de 10h, les syndicats annoncent la disposition des associations dans le défilé, et somment les lycéen-ne-s de s'intégrer à la manif entre les cortèges CNT et FSU. Dès lors, c'est le chaos : un tier de lycéen-ne-s décident d'obéir à l'injonction, un tiers de prendre la tête de la manif et le troisième tiers de demeurer près du McDo, car tous les lycéen-ne-s ne sont pas encore arrivé-e-s. D'autant qu'une rumeur court sur un cortège étudiant censé nous rejoindre à McDo. Le groupe qui remonte la manif semble le plus nombreux. Munis de mégaphones, illes essaient de doubler les syndicats afin de vivre autre chose qu'une éternelle marche au ralenti à travers les mêmes rues. Mais on décide de s'arrêter sur le côté afin d'attendre les étudiant-e-s et de récupérer les lycéen-ne-s éparpillé-e-s.

Des étudiant-e-s nulle trace, des lycéen-ne-s non plus. Un deuxième clivage a lieu, entre ceux/celles qui partent à la recherche des étudiant-e-s et ceux/celles qui accélèrent pour rattraper la tête de manif. On progresse jusqu'à Montplaisir, et on s'installe à côté de la bouche de métro pour, une fois de plus, attendre les autres. La confusion est totale, la manif trop longue, les slogans trop plan-plan. Pourtant la motivation est à peine ébréchée, et même s'il n'y a guère de fumis et de pétards pour mettre l'ambiance, on flaire l'enthousiasme des lycéen-ne-s. Serait-ce le début du relancement du mouvement ?

Et non. Une troisième séparation a lieu. Exaspérée de rester sur place, une cinquantaine de lycéen-ne-s part vers l'avant. On entend les rumeurs de l'arrivée des étudiant-e-s, qui se seraient formé-e-s en block près du McDo, et quelques camarades courent pour rattraper les séparatistes et leur suggérer de ralentir afin de se joindre aux étudiant-e-s, sans succès. Le cortège lycéen est donc coupé en trois morceaux : ceux/celles qui sont parti-e-s à l'avant, ceux/celles qui sont arrivé-e-s en retard au McDo et qui stagnent à l'arrière de la manif, ceux/celles qui demeurent près du métro, attendant les un-e-s et les autres.

Peu après, on apprend que les étudiant-e-s plus radicaux/ales pour qui nous patientions auraient rejoint le cortège étudiant classique, c'est à dire les plan-plan. Cette nouvelle décourage tout le monde.

Longue attente chez les lycéen-ne-s resté-e-s à Montplaisir. A la vue du cortège étudiant, on s'y joint sans trop d'allégresse et se disperse encore entre Lyon I et Lyon II. A ce moment, les lycéen-ne-s sont pour la plupart séparé-e-s en groupes de cinq à dix personnes, excepté-e-s ceux/celles de l'avant. Dégoûté-e-s par cet échec du « cortège lycéen » initialement prévu et par la mollesse de la manif, certain-e-s préfèrent prendre le métro pour gagner Bellecour. Un rendez-vous circule : 14h ou 15h à Terreaux pour une manif plus festive.

Les lycéen-ne-s se retrouvent à Bellecour. Pendant ce temps, les étudiant-e-s se font emmerder par la BAC au sein même de la manif. Un contrôle a lieu, sans interpellation. Peu à peu, les groupes rallient la place des Terreaux. Cette fois, on attend réellement les étudiant-e-s. Aux alentours de 15h30, la manif unitaire s'est à peu près dispersée et à Terreaux, on part en manif sauvage à une centaine de personnes. Contrairement à ce qui fut dit, elle est composée de lycéen-ne-s ET d'étudiant-e-s.

On remonte la rue de la République jusqu'à Bellecour, où on espère rameuter du monde. On n'y croise que quelques camions-merguez-sono de la CGT, qui ne daignent pas nous rejoindre. Trois fourgons de CRS nous emboîtent le pas tandis que nous traversons le pont de la Guillotière, s'arrêtant parfois pour attendre la queue du cortège. On emprunte les petites rues dans l'espoir vain de semer les flics, de plus en plus nombreux, avant d'arriver à Lyon II. Quelques lycéen-ne-s s'engouffrent alors dans la fac pour motiver les étudiant-e-s, tandis que le reste de la manif bloque la circulation. Les fourgons ont été rejoints par des bagnoles banalisées et des motards. La tension monte, mais à l'exception de slogans à l'intention des flics, aucune provocation. On repart avec deux ou trois étudiant-e-s en plus, la plupart étant occupée à fumer allongée dans l'herbe de Lyon II, et on décide de débrayer également l'IEP. On traverse le centre de la résistance et de la déportation, dont la cour est pratiquement déserte, et on ressort de l'autre côté afin d'échapper aux lardus. Le cortège s'est réduit : quelques camarades ont abandonné, craignant que la sortie ne soit bloquée par les condés – ce qui n'est finalement pas le cas.

On s'arrête brièvement devant les bâtiments IEP de la rue Servant et on tambourine aux portes, mais des étudiant-e-s cloîtré-e-s à l'intérieur refusent de nous ouvrir. C'est alors que les évènements s'accélèrent. Plusieurs bagnoles banalisées foncent sur nous. C'est la débandade. Les BACeux et la police nationale sortent des voitures en trombe, armés de flahs-ball et de matraques, et se ruent sur nous. La panique cause quelques encombrement à l'entrée du musée de la résistance et la déportation, où nous nous réfugions. Un étudiant ferme les portes au nez des flics. A travers les grilles, nous pouvons voir un camarade arrêté par la BAC, apparemment pas trop violemment – comparé à d'habitude, en tout cas. Mais les flics ne se contentent pas d'une interpellation. Ils nous visent à travers les grilles tandis que nous gueulons des slogans. Des étudiant-e-s de l'IEP sortent alors pour voir la scène, se rassemblement en bloc et crient : « Libérez nos camarades ! Libérez nos camarades » ! ça s'affole dans la cour. Les flics ont déjà bloqué la deuxième issue. Nous sommes parqué-e-s sans possibilité de sortie. Un BACeux réagit à nos insultes en criant : « C'est ça, vous faites les malins protégés par vos barrières ». Le comble pour un homme qui ne doit sa « virilité » et son assurance qu'à son gilet pare-balle, sa cuirasse, son flash-ball, son taser, sa tonfa ! Nous le lui faisons remarquer, mais il ne semble pas capter le paradoxe.

C'est alors que la solidarité se met en place : des étudiant-e-s de l'IEP rejoignent les grilles et nous informent qu'ils vont créer une chaîne humaine afin de nous permettre de gagner les bâtiments de la fac rue Servant sans risquer d'être interpellé-e-s. Et effectivement, bientôt un cordon d'étudiant-e-s nous sépare des flics, qui semblent estomaqués. Il faut un certain temps pour que tous les manifestant-e-s gagnent l'IEP. Les lardus foncent soudain sur les portes dans l'intention d'arrêter les dernier-e-s retardataires, et ça se bouscule pour pénétrer dans la fac, où précisons-le, les condés n'ont pas le droit d'entrer à moins d'une autorisation de l'administration.

Dans le hall de l'IEP, c'est le désordre total. De nombreux-euses étudiant-e-s semblent réticent-e-s à notre présence en leurs murs, et beaucoup veulent nous envoyer dans les bras des flics, mais ceux qui nous ont protégé-e-s des condés les empêchent de nous virer. On reste quelque temps dans le hall, en espérant que les flics se cassent, mais c'est peine perdue : décidés à faire des arrestations, ils se plantent face à la fac et attendent. Très vite, tout le quartier est quadrillé. Impossible de sortir sans risquer l'interpellation. 

Nous gagnons un amphi où se déroulait une AG, et les discussions portent sur notre présence, source de désaccords entre les étudiant-e-s. Plusieurs prennent la parole pour réclamer des explications. Ils réprouvent l'intervention de leurs collègues et estiment que n'avons rien à foutre ici, pour reprendre les termes de l'un d'eux. Mais d'autres nous défendent. On réclame notre version des faits et un lycéen raconte le déroulement de la manif, insistant sur l'absence d'infraction. Les flics ont chargé sans le moindre motif. Aucune provocation, aucun jet de pierres, rien ne justifiait leur intervention, si ce n'est « l'obstruction de la voie publique » qui a ralenti quelques bagnoles pendant cinq minutes à tout casser. Les étudiants de l'IEP sont divisé-e-s, mais la plupart paraissent nous soutenir. On cherche des solutions pour que nous puissions quitter la fac sans trop de risque. Quelqu'un propose d'envoyer un « représentant des lycéens » négocier avec la flicaille, mais nous nous y opposons presque à l'unanimité, d'abord parce que nous sommes contre le principe de représentation, ensuite parce que le lycéen désigné aurait une chance sur deux d'être arrêté. Finalement, ce sont des profs de la fac qui négocient. Après diverses pérégrinations, illes finissent par obtenir le départ des lardus et la PROMESSE de ne pas attaquer les militant-e-s qui sortiront de l'IEP. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes, mais peu de solutions s'offrent à nous à part tenter le tout pour le tout ou dormir à l'IEP.

On se rassemble dans le hall. Les flics sont partis. Quelques lycéen-ne-s s'en vont et nous recevons peu après des textos d'avertissement, comme quoi la BAC sillonne le quartier. Ils sont toujours décidés à nous interpeller. Les étudiant-e-s de l'IEP suggèrent, pour chaque groupe de lycéen, d'envoyer une dizaine d'étudiant-e-s en guise de garde du corps ; au final, on décide de faire un rassemblement devant le commico afin de soutenir les gardé-e-s à vue, au nombre de deux – mais on ignore l'identité du deuxième.

On quitte donc la fac, les manifestant-e-s accompagné-e-s d'étudiant-e-s de lIEP, visages découverts malgré le RG qui nous filme d'un bâtiment en face. Histoire de ne pas « donner aux flics de prétexte pour nous arrêter », on marche sur les trottoirs et s'arrête même aux feux rouges. On parvient enfin au commico de Jean Macé, où un comité d'accueil nous attend déjà. Flics en uniforme et flics en civil patientent sur le parvis du commico, munis des armes habituelles. Les manifestant-e-s scandent des slogans et les flics envoie une délégation nous informer que nos camarades sont embastillés à Marius Berliet, le commissariat central, que notre présence ici n'a aucune raison d'être.


Après de longues discussions stériles, on se dirige vers le tramway pour se rendre à Marius Berliet.


On n'a pas fait dix mètres que les BACeux chargent, encore une fois sans le moindre prétexte puisque nous respections scrupuleusement jusqu'à la plus insignifiante des lois. Panique, encore. Les BACeux nous coursent, distribuent coups de tonfa aux moins rapides et brandissent leurs flash-ball. Nouvelle arrestation, musclée celle-là. Lorsqu'on rebrousse chemin pour s'approcher de l'arrestation, les BACeux, apparemment à cran, nous menacent avec leur flash-ball et nous ordonnent de se tirer. Quand des manifestant-e-s, appliquant l'usage, crient pour demander son nom à l'interpellé, ils se font réprimer à coups de matraque. On recule un peu pour avancer dès que la bagnole banalisée emmène l'arrêté. Et les BACeux chargent, jamais fatigués, poursuivant les militant-e-s vers le tramway. Encore deux autres interpellations, toujours sans la moindre justification. Est-il besoin de rappeler que ces chers condés avaient PROMIS de n'interpeller personne ? Certes, nous savions déjà que la parole d'un flic ne vaut rien, mais voilà qui achèvera de convaincre les sceptiques.

Très énervé-e-s face à la violence de la BAC et à cette trahison, les militant-e-s rescapé-e-s, environ soixante-dix, se dirigent en chaîne humaine jusqu'au commissariat, pour faire face aux flics. La tension monte encore, mais aucun projectile n'est lancé malgré la rage palpable.

On reste un long moment à invectiver les flics et à ronger notre frein, puis des discussions s'organisent. Certain-e-s veulent se rendre à Marius Berliet, d'autres regagner la fac, arguant que nous ne sommes plus assez nombreux-ses pour risquer un rassemblement. Des querelles éclatent, principalement entre radicaux-ales et pacifistes. Un mouvement se déclenche vers le commissariat central, mais trop peu nombreux-ses, on renonce et rejoint les étudiant-e-s désireux-ses de se refugier dans les murs de Lyon II. Un début de fuite a lieu lorsque quelqu'un lance la rumeur que les BACeux vont charger, mais pour une fois c'est une fausse alerte.

Enfin, on abandonne l'idée de manifester devant Berliet et on va à la fac pour une réunion-bilan, destinée à comprendre ce qui a foiré et à échanger des conseils, stratégies pour résister aux lardus. L'humeur est au désespoir, beaucoup sont sur le point de baisser les bras.

La réunion dure une heure dans les couloirs de Lyon II, réunissant une cinquantaine d'étudiant-e-s et de lycéen-ne-s. A l'issue de laquelle on s'organise pour les témoignages en cas de procès, et où l'on décide de se rassembler le lendemain (vendredi) à 14h devant le TGI en cas de comparutions immédiates, ou devant Marius Berliet si ce n'est pas le cas.

Aux dernières nouvelles, deux des interpellés sont sortis du commissariat vendredi à 10h30, avec des convocations au tribunal le 2 juillet, pour l'immuable "outrage et rébellion".


A Paris, St-Nazaire, Nantes, Marseille et Toulouse, des affrontements ont eu lieu entre flics et manifestants suite à la manif unitaire.

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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:00
Qui vivra par la matraque périra par la kalach' !



Lundi 9 mars, un rassemblement est prévu à 14h Porte des Enfants du Rhône, afin de protester contre le forum Biovision au Palais des Congrès et la venue de Valérie Pécresse, ministre des Universités. Environ deux cents étudiant-e-s et autres répondent à l'appel et se dirigent, par groupes, au Palais des Congrès. La batucada est de la partie et contribue à instaurer une ambiance de marche de guerre. Slogans et pétards sont de la partie.
Quelques fumigènes sont utilisés, une caméra brisée, c'est de bon augure pour la suite : on commençait à désespérer que le mouvement des étudiants passe un jour à la vitesse supérieure. La manif longe les quais pour tenter d'accéder aux bâtiments où se tient Biovision, et se heurte très vite à un cordon de CRS. Absolument pas préparés, certainement habitués aux manifs plan-plan, les flics s'équipent en catastrophe et se tiennent sur le pied de guerre lorsque le cortège, utilisant un chariot comme bélier, fonce sur les forces de l'ordre dans l'intention de se frayer un passage. On est repoussé-e-s à coups de flash-ball et de gel lacrymo. Les yeux en larmes, on explose de rire en s'apercevant que les flics, par une fausse manoeuvre, se sont auto-lacrymogéné la gueule : plusieurs d'entre eux se tiennent le visage et pleurent autant que nous sous la corrosion du gaz. On savait qu'ils étaient cons mais pas à ce point.
Après avoir hésité, la manif se cale sur la route afin de bloquer le trafic. Les flics arrêtent les voitures. Des bacqueux rejoignent les CRS et se postent face à nous, munis de casques, de tasers, de flash-ball et de tonfas. De 5, leur nombre passe à 30 en un temps records.
Après une dizaine de minutes, les flics marchent vers nous et nous traversons la cité internationale pour longer le parc de la tête d'or. Pour ralentir les flics, on tente d'ériger des barricades de fortune à l'aide de grosses barrières de chantier, avant de les traîner avec nous, toujours suivi-e-s des mecs de la BAC. Un mouvement de foule nous entraîne dans le Parc et nous semons les barrières derrière nous. Elles sont rapidement virées par les bacqueux, qui luttent un instant pour ouvrir la porte de l'entrée du parc, qu'un manifestant tente de fermer. Ils restent postés aux abords du parc durant plus de vingt minutes, nous bloquant l'entrée. La moitié des manifestant-e-s décide de sortir par une autre entrée. Enfin, les bacqueux se cassent. L'occasion est trop belle : on s'empresse de regagner la cité internationale, et on stoppe devant la salle de débats, ou le forum Biovision est censé se tenir. En proie au doute, nous restons immobiles trop longtemps : un photographe nous avertit que les bacqueux contournent la cité internationale pour nous prendre à revers, et ses dires sont bientôt confirmés. Nous refluons vers le parc, dans le désordre, et nous retrouvons encerclé-e-s entre bacqueux, CRS et grilles. Les flics exigent que nous pénétrions dans le parc, mais nous insistons pour partir sur la route : au sein du parc de la tête d'or, il serait trop facile de poster des lardus à chaque entrée afin d'arrêter tou-te-s les manifestant-e-s désireux/ses de se casser. Les flics ne l'entendent pas de cette oreille et sans prévenir, les coups de matraque fusent au hasard pour nous repousser à l'intérieur du parc. Les caillasses leur répondent, mais nous sommes vite débordé-e-s et un mouvement de panique s'empare du cortège, qui s'enfuit dans le parc poursuivi par les flics. Aux pieds des escaliers, près de l'entrée, bacqueux et CRS tentent de choper le plus de militant-e-s possibles et n'hésitent pas à distribuer les coups de tonfa avec un zèle propre aux salauds, qui fera plusieurs blessé-e-s. Un manifestant reçoit tant de coups qu'il est pris de convulsions, incapable de marcher. Ses ami-e-s le soutiennent et l'emmènent loin des flics.
Le rassemblement se reforme à une cinquantaine de mètres des affrontements, et demeure près d'une demi-heure dans le parc, le temps de soigner les blessé-e-s, de compter les arrestations et les ecchymoses. Beaucoup de militant-e-s souffrent de contusions, les flics n'y sont pas allés de main-morte. On appelle les pompiers qui embarquent le plus touché, et on décompte trois arrestations. Les manifestant-e-s sont révolté-e-s par la violence de la police, particulièrement énervée aujourd'hui.
Au bout de trente à quarante minutes, des échos nous parviennent comme quoi de nouvelles arrestations ont eu lieu à l'extrémité du parc. Les manifestant-e-s restant-e-s, environ une soixantaine, s'y rendent de toute urgence pour constater que les flics sont quasiment absents. On se réunit devant le parc et on décide d'organiser un rassemblement devant le commissariat du 3e, où sont retenu-e-s nos camarades. Des voitures de flics tentent de se dissimuler derrière d'autres véhicules afin de nous observer, en oubliant que les gyrophares, ça dépasse et c'est voyant, mais enfin les lardus ne sont pas connus pour leur intelligence. Le retour dans les facs ou ailleurs se fait sans nouvelle arrestation.
A 19h, une cinquantaine de manifestant-e-s se retrouvent devant le commico et gueulent les slogans habituels, "Libérez nos camarades", mais très vite ça dégénère en chansons plus ou moins hippiesques que les gardé-e-s à vue ne sont pas près d'entendre, tant elles sont fredonnées bas. Heureusement, la batuc' débarque pour redonner un peu de vie au rassemblement. Après environ une demi-heure d'attente, une délégation de flics vient à notre rencontre.
Ils nous accusent de tapage nocturne et décrètent que nous dérangeons les résident-e-s. Justement, des habitant-e-s du quartier nous observent par leurs fenêtres et un étudiant leur demande, en criant, si nous les embêtons ; un habitant répond "non", à la grande exaspération des flics. Ceux-ci veulent négocier : nous obtiendrons des infos sur les gardé-e-s à vue si nous cessons de faire du bruit. Des étudiant-e-s acceptent et effectivement, après un certain temps, les lardus nous donnent les noms des avocats des victimes, et on apprend que ceux/celles-ci sont tou-te-s traîné-e-s en justice pour "rébellion".
Après l'obtention des renseignements, la batuc' respectueuse de l'accord avec les flics ne rejoue pas, pour notre plus grand désespoir, et le rassemblement se termine aux environs de 22h dans un silence total. Dommage. Néanmoins, cette journée restera dans nos mémoires pour la première manif sauvage du mouvement étudiant de cette année, et la violence encore plus violente que d'habitude dont ont fait preuve les gardiens de la paix. La frénésie de coups de matraque n'a fait qu'échauffer les esprits. Espérons que cela va donner une dynamique au mouvement étudiant, dont les manifs plan-plan sont de plus en plus chiantes...

Détail : le lendemain matin, dans les journaux gratuits distribués dans le métro, on parle de blessés parmi les CRS (choupinouuus...) et pas des hospitalisé-e-s parmi les manifestant-e-s. Selon 20 minutes, des jeunes "issus des mouvances d'extrême-gauche ont été arrêtés". Selon les autres, la Préfecture a déclaré qu'il n'y avait pas eu d'interpellation. Toutes ces injustices méritent vengeance.

Qui vivra par la matraque périra par la
kalach' !
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 00:27

Samedi 31 janvier, à 15h au RER Luxembourg à Paris, s'est tenue une grande manifestation contre l'antiterrorisme. Elle s'est soldée par des arrestations et plusieurs affrontements entre flics et manifestants. En voilà le résumé.



À 14h30 devant le parc du Luxembourg, une demi-heure avant le départ officiel de la manifestation, les rues sont déjà fleurissantes de militants... et de CRS. Les drapeaux noirs ou rouges et noirs sont légions et la plupart des manifestants sont masqués.

Autour de 15h15, le cortège, gros de deux mille à trois mille personnes à vue de nez, s'ébranle enfin. N'étant pas de Paris, je ne peux malheureusement pas préciser le parcours. Dans une ambiance bon enfant tout d'abord, la manif marche dans le calme en sifflant les flics qui bloquent toutes les rues alentours. Vu l'arsenal sécuritaire déployé, il est clair que le gouvernement s'attend à des débordements.

Plus la manif avance, plus les slogans se radicalisent, plus les provocations anti-flics s'intensifient ; bientôt, on ne passe plus devant un cordon de CRS sans que ceux-ci échappent aux pétards, aux fumigènes et aux projectiles divers. Les militants veulent en découdre. Le local du Parti Socialiste, qui se trouve malheureusement sur le parcours, se fait péter une vitrine.

Après environ trois quarts d'heure de marche, la véritable manif commence. Les manifestants parviennent devant la rue qui mène à la prison de la Santé, où Julien Coupat est embastillé. Les CRS ont sorti le grand jeu pour les empêcher de parvenir jusqu'à la prison : toutes les rues sont fermées par des barrières anti-émeutes, doublées de nombreux fourgons qui barrent la route et enfin plusieurs couches de chiens de garde de l'Etat.

Les militants s'approchent le plus près possible et c'est un déluge de bouteilles, de caillasses, de fumis et de pétards qui s'abat sur les pauvres policiers, lesquels n'en mènent pas large : apparemment, leurs commandants avaient peur de la réaction de trois mille manifestants enragés, si jamais les CRS répondaient à leurs provocations. Les flics ne chargent donc pas malgré les tonnes de projectiles qui fusent sur eux et leurs fourgons. Les rues alentours sont également bloquées par des monceaux de flics planqués derrière les barrières anti-émeutes, et les fourgons sont ouverts, prêts à embarquer tout le monde.

Les provocations durent environ quinze minutes dans une ambiance très chaude ; soudain, trois flics en civil émergent « discrètement » (y a rien de moins discret qu'un flic en civil) de derrière leurs camarades CRS pour s'approcher du cortège en douce. Ils sont vite repérés et montrés du doigt. Des manifestants marchent à côté d'eux en gueulant : « Ils sont trois, on est mille ! Ils sont trois, on est mille ! », entraînant un mouvement de foule derrière le trio en sueur, qui rase les murs et fait profil bas.

La manifestation continue jusqu'à la place Denfert Rochereau, où il est prévu qu'elle se termine. La place est occupée durant une demi-heure, pleine de drapeaux noirs. Quelques militants masqués des pieds à la tête, dotés d'outils apparemment prévus pour, tentent de « dépaver » la place : ils s'attaquent au premier pavé à deux ou trois. La tâche est dure car depuis mai 68, les autorités craintives ont fait cimenter le pavé. Les manifestants se rassemblent autour des audacieux afin de les dérober à la vue des flics, mais bientôt un civil les repère et ils prennent peur, abandonnant leur corvée alors que le premier pavé était presque dégagé. Dommage.

Le camion de la Fédération Anarchiste, qui suit le cortège en passant des musiques subversives, diffuse un rendez-vous : 18h30 devant le CRA (Centre de Rétention Administrative, l'endroit où les sans-papiers de Paris sont enfermés avant d'être expulsés) de Vincennes. La plupart des lyonnais, ayant prévu le retour sur Lyon le soir-même, ne s'y rendront pas.

A l'heure-dite, deux cent personnes se rejoignent au métro le plus proche du CRA, en passant par-dessus les bornes du métro, sous l'oeil inquiet des agents de la RATP qui n'osent pas gueuler. Ils attendent dix minutes les derniers retardaires avant de traverser le bois de Vincennes pour gagner le CRA. Curieusement, la majorité des manifestants présents ne sont pas parisiens.

Pendant ce temps, la place Denfer-Rochereau se vide et les militants prennent le métro... C'est alors qu'un groupe de flics vient interpeller un fraudeur qu'ils tentent d'isoler et d'arrêter. Les manifestants se serrent les coudes et somment les deks de relâcher le jeune. Beaucoup de tensions, apparemment les militants ont failli libérer le fraudeur,  si ce n'avait été l'arrivée d'une vingtaine de pomiciers en renfort. Pour se dégager de ce guêpier, les flics ont usé de la matraque et des gazeuses.

Au CRA, n'y a pratiquement aucun drapeau et plus signe de la FA. Seule une bagnole inidentifiée gueule des slogans au mégaphone et encourage les militants. Comme il fallait s'y attendre, le CRA est protégé par un bon nombre de CRS, eux-mêmes dissimulés derrière de simples barrières de chantiers. Les manifestants chantent des slogans comme « De l'air, de l'air, ouvrez les frontières ! » en faisant face aux flics et secouant les barrières, qui finissent par s'écrouler ; face à la menace, les schtroumphes chargent enfin, heureux de pouvoir se défouler, et les manifestants reculent. Les flics en profitent pour remettre lentement les barrières en place, mais on voit aux coups d'oeil angoissés qu'ils jettent aux militants, qu'ils n'en mènent pas large.

Provocations et slogans se multiplient ; les manifestants s'avancent à quelques mètres des CRS et ne cessent de les provoquer verbalement. Puis l'atmosphère s'échauffe et des projectiles sont à nouveau balancés sur les salauds bleus, qui ripostent à coup de lacrymos ; mais il en faut davantage pour chasser les militants qui reviennent à l'assaut. Caillasses et bouteilles heurtent les fourgons et les CRS.

Enfin, sans sommation, ils chargent le rassemblement qui recule dans un bloc : quatre personnes sont arrêtées. En voulant les récupérer, les manifestants se font à nouveau charger et l'on finit par reculer, tous ensemble pour éviter de nouvelles arrestations.

Les militants reviennent au métro, escortés par les flics qui veulent s'assurer de la dispersion du rassemblement. Détail comique, les agents de la RATP auront anticipé le coup et ouvert toutes les bornes au lieu de risquer qu'elles soient pétées par des anarchistes énervés.

Dans le métro, on tente de s'organiser pour la prochaine action. Plusieurs idées circulent, mais la majorité finit par décider de se rendre au commissariat du XII arrondissement, où les arrêtés auraient été emmenés. Une quarantaine de personnes déferlent donc dans le métro, bientôt suivies (mais de loin) par une dizaine de flics qui ne semblent pas savoir comment réagir. Mais une fois engagé dans la rue qui mène au commico, le petit rassemblement tombe nez à nez avec un cordon de CRS. Ceux-ci se rangent sur le côté et font signe aux militants de passer ; lorsque tout le monde s'est avancé dans la rue, les flics chargent. Ces salauds ont fait mine d'avoir des intentions pacifiques pour mieux matraquer ensuite !

C'est la panique, c'est à celui qui court le plus vite. De toute évidence, le but des CRS est d'embarquer un maximum de monde ; ils réussissent, puisque cinq à sept arrestations ont lieu durant cette charge. Impossible d'être plus précise, je n'ai pas trouvé de renseignements sûrs à leur sujet. Fous de rage, les rescapés décident de contourner le barrage pour se rendre malgré tout au commissariat ; ils tentent d'emprunter une rue adjacente. C'est alors que les CRS apparaissent et chargent à nouveau le cortège, qui s'éparpille en courant dans la Gare de Lyon.

De nouvelles arrestations, on ignore combien exactement. Une chose est certaine, l'objectif affiché était de choper le plus grand nombre de militants possible. D'ailleurs, les flics ont déjà embarqué cent cinquante manifestants sur les deux cents qui défilaient à Paris, samedi dernier. Dix sont ressortis avec un procès au cul. Ils ne reculent devant rien pour nous faire renoncer à la lutte et nous contraindre à rester cloîtrés chez nous, trop terrorisés pour sortir... C'est après tout le but des lois sécuritaires contre lesquelles nous manifestions le 31 janvier.

Les flics parisiens ont montré un acharnement et un sadisme extraordinaires. A l'heure qu'il est, on est apparemment sans nouvelles des embastillés ; impossible de trouver des renseignements à leur sujet, sur internet. Mais une chose est sûre : nous ne pouvons pas laisser passer ça. Ce que l'on peut presque qualifier de « rafle » s'est produit encore une fois en toute impunité. Il n'y avait pas journaleux pour filmer et les amateurs n'ont pas eu l'occasion de le faire. Sur le coup, trop peu nombreux, personne n'a pu réagir. Cela ne signifie pas que tout est perdu, et nous devons redoubler d'ardeur dans la lutte au lieu d'abandonner. Ou ils auront gagné.


 

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Published by CoordLyon - Coordination Lycéenne Lyonnaise - dans Compte rendu des manifs
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 00:06



      Manifestation Plan-Plan, détournement et blocage de gare

Après le fiasco de jeudi 15, nous craignions la démobilisation et la fin du mouvement.
A 14h30, une masse colorée de drapeaux des syndicats et assoces bureaucrates (FCPE, GCT...) encombre la place Bellecour. Les lycéen-e-s, plus nombreux-ses que ce que nous avions craint mais moins que ce qu'on avait espéré, se rassemblent autour de la statue. Déjà, le mot est transmis que la manifestation va être détournée à Perrache. Après de longues minutes d'attente, le cortège est sur le point de s'ébranler ; des lycéen-e-s munis d'une longue banderole frappée des mots "Coup d'Etat de la Jeunesse" intiment à leurs camarades de les rejoindre, avant de s'incruster à l'intérieur de la manifestation des profs-parents d'élèves. Capuches et foulards fleurissent déjà dans la foule des lycéen-e-s, qui scandent des slogans toujours aussi radicaux et entonnent un chant révolutionnaire détourné, "La Semaine Sanglante" version moderne.
La manifestation s'engouffre dans la rue Edouard Herriot, en direction de Terreaux. La FIDL (une fille) et l'UNL (trois-quatre mecs) semblent très bien s'entendre et font enfin acte de présence. On ne les avait pas vus depuis la manif du 18 décembre, et ce retour (en force !) n'est pas pour nous réjouir... Les syndicats collabos tentent de tempérer les slogans plus extrêmistes à coup de "Darcos, si tu savais...", mais leur influence est très négligeable.
Le cortège arrive à Terreaux et traverse le Rhône sans incident notable, avant de continuer sur les quais vers le sud. L'arrivée est prévue devant la Préfecture. Mais c'est sans compter la rage des lycéen-e-s, qui, depuis le début de l'année scolaire, ne se contentent plus des manifs plan-plan (c'est bien, mais ça sert à rien) : lorsque le gros de la manif tourne pour s'enfoncer dans le quartier de la Guillotière, les lycéen-e-s tentent de détourner le cortège en continuant sur les quais. Illes sont suivi-e-s par une cinquantaine de militant-e-s ; le "détournement" reste immobilisé une dizaine de minutes, à notre grand agacement, car ce temps perdu nous vaut d'être grillé-e-s par les flics. Mais l'attente est payante : la batucada, convaincue, nous rejoint, ainsi qu'un bon nombre de lycéen-e-s hésitant-e-s et de militant-e-s d'autres orgas que je ne citerai pas.
La manifestation "sauvage" continue ainsi au rythme de la batuc' le long des quais, avant de bifurquer au pont Gallieni pour rallier Perrache, le but de la manif. De temps en temps, les manifestant-e-s courent pour semer les bacqueux signalés. Enfin, après maintes pérégrinations, le cortège lycéen pénètre dans la gare et déferle sur les rails. A noter qu'un certain nombre se sont arrêté-e-s avant les rails, par peur de la répression.
Nous sommes resté-e-s immobilé-e-s un moment sur les rails, histoire de reprendre notre souffle et de décider des prochaines étapes. Un lycéen propose de bloquer le périph', mais l'idée ne séduit pas grand-monde. Les CRS commencent peu à peu à arriver et nous décidons, dans un premier temps, de marcher (sur les rails) en direction de Part-Dieu. Mais les compagnies républicaines de sécurité se multiplient et courent sur les quais ; les manifestant-e-s les moins essouflé-e-s s'élancent pour les semer.
La plupart des lycéen-e-s courent à présent sur les quais, car les aspérités du chemin ferré ne sont pas spécialement pratiques quand on veut distancer les gardiens de la paix. Soudain, le mouvement croit repérer une issue et traverse plusieurs rails jusqu'à arriver... Dans une impasse. Clap, clap, clap.
Nous nous groupons en un bloc très serré, acculé dans l'angle entre un bâtiment que j'sais pas à quoi y servait et des barrières. A ce moment, il était 16h45 et nous étions environ une cinquantaine, très vite encerclée par les forces de l'ordre. Pas mal de lycéen-e-s avaient décroché en route, par manque de souffle ou de solidarité. Un jeune homme, J., est arrêté pour "jet de projectile" alors qu'il tentait d'empêcher une interpellation... notons qu'il a réussi. Au passage, le "projectile" est demeuré introuvable, apparemment il s'agissait d'un bout de citron. Nul doute que c'était un objet capable de tuer un CRS sur le coup... Dommage que la manoeuvre ait échoué.
L'interpellé est emmené à l'écart, surveillé par un bacqueux puis emmené dans un fourgon aux cris de "Libérez notre camarade !". Les quinze prochaines minutes s'écoulent dans l'incertitude et la solidarité : les lycéen-e-s forment une chaîne humaine pour éviter d'autres arrestations. A un moment, un militant fait un malaise et il faudra plusieurs minutes pour que l'information atteigne les supposés cerveaux des flics, qui consentent enfin à l'entraîner à l'écart pour qu'il puisse respirer. Inutile de s'attarder sur cet incident.
Aux alentours de 17h, de nombreux CRS rejoignent la dizaine qui nous encadraient : il est désormais inutile de tenter une sortie. Les flics se mettent à contrôler individuellement chaque militant-e en l'éloignant de ses camarades. Ils prennent en photo chaque pièce d'identité et nous filment UN PAR UN à visage découvert ! Les déjà-contrôlé-e-s n'ont pas le droit de partir et s'asseyent plus loin, toujours encadré-e-s par les gardiens de la paix.
Dans le bloc, la résistance s'organise. On se resserre, on essaie de se rebeller passivement. Lorsque les CRS tombent sur un-e militant-e qui refuse de quitter le groupe, ils n'hésitent pas à user de la force (mais pas de matraque, ni lacrymo ni flash-ball pour une fois) et plaquent les méchant-e-s ultra-gauchistes contre le mur avant de prendre leur identité. A un moment, un CRS annonce à la cantonade qu'on ferait mieux de tous sortir nos pièces d'identité, histoire que ça aille plus vite. Il précise également que seuls les gars sont contrôlés pour l'instant, faute de fliquette pour fouiller les filles. Ils chopent tous les militants un à un, même ceux qui tentaient desespérément de passer pour des éléments féminins, et bientôt il ne reste plus que des militantes.
Lesquelles ne tardent pas à gueuler des chants révolutionnaires : El pueblo unido, Bella Ciao, et surtout ce slogan grec qui a rendu les flics fous, je sais pas comment ça s'écrit, vous voyez duquel je veux parler. A un moment, nous avons même tenté de passer en force : En bloc et en chaîne, on a foncé dans les CRS qui nous ont réprimées à coup de casque et de bouclier (et de coup de para dans le tibia). ça nous a quand même donné du coeur au ventre. Dans le même temps, les militants déjà contrôlés tentaient de s'approcher pour patriciper à l'ébauche de rébellion, mais bien évidemment les gardiens de la paix ne les ont pas laissés faire et ont violemment tempéré leurs ardeurs.
Les filles sont emmenées les unes après les autres, les tentatives de résistance se soldent par quelques coups (mais rien de bien grave à ma connaissance). Quelqu'un s'empare de la banderole "Coup d'Etat de la Jeunesse", abandonnée dans un coin, et la balargue dans la rue en contrebas pour éviter qu'elle ne soit récupérée par les schtroumpfs. Apparemment, personne ne refuse le relevé d'identité.
Enfin, les CRS terminent de contrôler tout le monde. Deux filles refusent d'être filmées et sont fouillées par une fliquette avant d'être enfermées dans un fourgon de CRS, en cellule individuelle, s'il vous plaît. A l'extérieur, les militants gueulent "Libérez nos camarades" et encore ce magnifique slogan grec. Un quart d'heure environ s'écoule, puis le RG qui filmait monte dans le fourgon et propose une dernière fois aux militantes de se laisser prendre par la caméra à visage découvert ; en échange, ils les laisseront partir.
Elles sont donc bientôt libres et le bilan est d'une arrestation, J., ainsi qu'un lycéen qui n'a pas été captif bien longtemps, étant donné que dès l'arrivée de sa mère, les CRS l'ont libéré.
Les flics font une haie d'honneur pour nous escorter jusqu'à la sortie de la gare Perrache, où nous scandons "Liberté ! Liberté !" Après environ deux heures bloqué-e-s avec les flics...
Peu d'arrestations, pas mal de motivation, et pour une fois les lycéen-e-s ne se sont pas pâmé-e-s en apercevant l'uniforme bleu... C'est déjà ça. Points négatifs, on est tous officiellement fiché-e-s comme sales terroristes ultra-gauchistes, la mobilisation était plutôt faible et nous espérons voir plus de monde à la prochaine manif... Qui, je le rappelle, est mardi à 11h à Bellecour.

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 16:15


Parce que les vidéos amateurs, c'est mieux que le bla-bla et les mensonges des médias au service du gouvernement.
2000 lycéens dans la rue contre les réformes Darcos, le sécuritaire et la répression.
Pas mal de lycéen-ne-s blessé-e-s et 10 arrestations...


Communiqué de la Coordination Lycéenne Lyonnaise :



MANIF NON-DECLAREE,
             SLOGANS VINDICATIFS,
                    
MATRAQUES ET GAZEUSES

 

 

La Coordination Lycéenne Lyonnaise a appelé à la manifestation jeudi 8 janvier, 11h à Terreaux. Suite à un malentendu profs-lycéens, la manifestation n'a pas été déclarée. Cela (et le froid) n'a pas empêché les lycéen-ne-s de se réunir pour manifester librement et exprimer leur colère.

Nous avons pu noter la grande absence des syndicats dans le cortège, preuve de l'agonie et de l'inutilité de ces soi-disant syndicats « représentatifs » que les journalistes semblent considérer, à tort, comme les orchestrateurs du mouvement lycéen.

Arrivé à Bellecour, le cortège contenait de 1500 à 2000 manifestant-e-s. Par réaction contre l'incroyable arsenal policier envoyé par la Préfecture, les lycéen-ne-s ont décidé de marcher où bon leur semblait, sans se conformer aux exigences des policiers présents en masse pour encadrer le cortège. La manifestation a continué ainsi sans heurt jusqu'à la Part-Dieu, où les CRS ont bloqué les manifestant-e-s devant la gare, bouchant toutes les issues possibles. Coups de matraque et gel lacrymogène à volonté, trois arrestations malgré la relative passivité des lycéen-ne-s, quelques blessures dues aux tonfas.

Les lycéen-ne-s parviennent finalement à s'extraire des mailles du filet, et un groupe de 300 personnes continue en manifestation jusqu'à Terreaux, entourés d'une dizaine de membres de la BAC et d'un nombre de CRS disproportionné. Les lycéen-ne-s s'installent sur la route afin de reprendre des forces, bloquant momentanément la circulation.

Les CRS se massent sur les rues donnant côté Rhône (environ deux CRS pour un-e manifestant-e). Ils sont provoqués par des slogans de plus en plus vindicatifs, les lycéen-ne-s étant légèrement énervé-e-s à cause des coups de matraque et des arrestations à Part-Dieu. Après une première sommation, les CRS chargent, les lycéen-ne-s répondent en jetant des bouteilles et des œufs puis s'éparpillent dans les rues adjacentes. Six arrestations violentes au cours desquelles des flash-ball sont tirés et les coups de tonfa distribués sans parcimonie, une jeune lycéenne a le crâne ouvert.

La journée de mobilisation se termine avec un petit rassemblement d'une vingtaine de manifestant-e-s devant le commissariat central, Marius Berlier, où sont enfermé-e-s les inculpé-e-s. La plupart d'entre eux passeront le lendemain en comparution immédiate, certains sont gardé-e-s 24h, des collégiens 48h durant.

 

Les syndicats FIDL et UNL n'étaient pas présents à cette manifestation et ne se sont pas le moins du monde souciés d'appeler à la journée de mobilisation, d'informer les lycéens ou de se renseigner sur les inculpé-e-s. Seraient-ils à l'agonie ? Toutefois leur absence ne nous a pas dérangée. Depuis le début du mouvement, les lycéen-ne-s s’organisent de manière indépendante des syndicats. La lutte que nous menons cette année n’a pas pour objectif de finir par une négociation dirigée par des syndicats qui ne représentent qu’eux-mêmes. 

En dépit du nombre impressionnant de lycéen-ne-s, compte-tenu du froid et de la rentrée, les médias à l'unanimité ont évoqué le « refroidissement » de la mobilisation. Etaient-ils réellement présents, ou ne se donnent-ils même plus la peine de se déplacer avant de rédiger leurs articles ? Car les lycéen-e-s lyonnais-e-s, au contraire, étaient nombreux et motivés, et l'immense arsenal sécuritaire n'a pas suffi à les faire reculer. Les médias continuent de nous discréditer pour diviser les manifestant-e-s entre eux et persuader les braves gens que nous nous contentons de « grogner », mais nous continuerons à nous battre pour l'abrogation pure et simple de TOUTES les réformes de l'Education, contre le sécuritaire, la répression, l'arrestation des sans-papiers. La désinformation ne parviendra pas à nous faire taire.


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